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Le Grognon
04. juin
2018
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PERSONNEL DE SANTÉ IVOIRIEN : VOUS AVEZ DIT LE SERMENT D’HIPPOCRATE OU D’HYPOCRITE ?

Sans vouloir jeter l’anathème sur l’ensemble du personnel de santé ivoirien, il n’en reste pas moins que ce corps d’activité reste profondément gangrené par de nombreuses pratiques corruptrices ou prédatrices. On est à mille lieux de l’humanité et du souci du patient qui devrait être son apanage, tant ce milieu s’est transformé en repère d’affairistes, en véritable nid de corruption.

Abstraction faite des réseaux de détournements des médicaments, des réactifs en laboratoire et de la vente du matériel médical à l’occasion, je voudrais m’appesantir sur ce qu’il est convenu d’appeler ‘’le phénomène d’extorsion d’argent aux patients et aux parents de patients’’. Une pratique qui a atteint des sommets inimaginables et qui se banalise sous nos latitudes, avec pour conséquence majeure d’entraîner la désaffection des masses sociales de nos centres de santé. Car c’est une vérité qui s’impose avec la force de l’évidence : avoir un malade interné dans une structure sanitaire ivoirienne, surtout celles d’Abidjan, c’est la porte ouverte à la saignée financière. Entre ordonnances fantaisistes, analyses médicales très souvent majorées, coûts surfacturés des opérations chirurgicales et pots de vin à donner pour être sûr que son malade bénéficie d’une certaine ‘’qualité’’ de soins, des parents de patients à bout de souffle financier en viennent à soustraire leur malade de nuit de l’hôpital, quitte à ce que dernier passe de vie à trépas à la maison. Des parents et patients rendus exsangues financièrement par tant de pratiques non orthodoxes. Déjà rongés par l’anxiété liée à l’état de santé de leurs malades, ces proches doivent encore faire face à l’affairisme ambiant qui prévaut dans nos structures sanitaires. Une situation qui s’apparente à une double peine.

-LA DOUBLE PEINE

Un ami me confiait récemment que suite à l’hospitalisation de son père au CHR de Gagnoa (au centre ouest de la Côte-D’Ivoire) et son admission au service de réanimation, les médecins avaient exigé 100.000 FCFA pour acheter les médicaments nécessaires au traitement du patient. Lorsqu’il a pu accéder à la salle de réanimation, il a constaté qu’en tout et pour tout, seule une perfusion avait été administrée à son père. D’ailleurs, ce dernier a succombé à son mal quelques jours après. Ayant réalisé la supercherie, il s’est plaint auprès du médecin traitant, mais en vain….

Loin d’être isolée, cette pratique d’extorsion de fonds est largement répandue. Elle n’est pas sans rappeler en 2015 l’affaire Awa Fadiga, du nom de cet ex-mannequin ivoirien, agressée grièvement et admise aux urgences du CHR de Cocody. Elle y avait succombé à ses blessures faute de soins, ou plus précisément faute d’argent. En effet, très généralement la célérité de la prise en charge dans les structures de santé est fonction du pouvoir financier du patient (sa capacité à payer rubis sur ongle ce que le corps médical exige) ou de sa connaissance d’un membre du personnel de santé qui peut jouer de son statut pour trouver rapidement un lit d’hospitalisation au patient et ramener avec diligence au chevet de celui un infirmier ou un médecin. Malheureusement, Awa Fadiga n’avait ni l’un ni l’autre, et ce qui devait advenir se produisit : la mort. Le scandale a été si retentissant qu’il a valu son poste au directeur général du CHR de Cocody. Malheureusement, trois ans après cet épisode dramatique, les choses n’ont pas véritablement changé. C’est en tout cas le ressenti populaire. Pour preuve, le vigile de notre établissement m’a relaté comment, dans la foulée des fêtes de fin d’année, il avait piqué une crise en pleine nuit et avait fait le tour de son quartier à la recherche d’une clinique. Étonné par cette attitude, je lui demandais pourquoi il n’avait pas pris simplement le chemin de l’hôpital public, a priori beaucoup plus sûr en termes de qualité de soins que ces cliniques de bas étage de quartier. Sa réponse fut sans appel : « j’étais sans le sou et je savais qu’au moins, je serai pris en charge à la clinique d’abord, et je m’acquitterai des frais médicaux ensuite, ce qui n’est pas le cas dans les hôpitaux publics où il faut commencer par payer ».

Ajoutées à la précarité financière ambiante, ces pratiques répréhensibles du corps médical entraînent une certaine désaffection des masses sociales d’avec les structures sanitaires. La rupture est telle que les masses laborieuses se tournent prioritairement vers les naturothérapeutes (les guérisseurs traditionnels), faisant ainsi de l’hôpital un choix par défaut. Cependant, loin d’être l’apanage du seul corps sanitaire, la corruption est aujourd’hui une des choses les mieux partagées au sein de la société ivoirienne.

-LA CORRUPTION : UN SPORT NATIONAL

Malheureusement, le changement de régime advenu en 2011 n’y a rien fait. Pire, le phénomène de corruption, de concussion ou de prévarication fait figure aujourd’hui de véritable fléau national. Nos ministères, et en général nos administrations se sont transformés en nids de la corruption. Entre pots de vins liés à la passation des marchés, détournements de fonds publics, abus de biens sociaux, vente des concours d’entrée à la fonction publique et rackets des forces de l’ordre… Chacun veut « sa part du gâteau », et c’est peu de le dire. Tous ceux qui possèdent une parcelle de pouvoir,  y compris les « sans grades « , veulent s’en mettre plein les poches. L’enrichissement illicite semble être le maître mot, un véritable sport national. Signe des temps, la classe des nouveaux riches compte de nombreux pontes du régime, à la tête des institutions, des ministères, des régies financières… faisant du pouvoir une véritable mangeoire. Le plus dramatique, dans tout ça, est l’inaction du chef de l’Etat. Une incurie aussi assourdissante que révoltante. En dépit des nombreux scandales financiers qui entachent l’exercice de son pouvoir, aucun baron du régime ne s’est encore retrouvé derrière les barreaux. Et Dieu seul sait qu’ils devraient s’y trouver par dizaines, tant il est vrai qu’aujourd’hui l’enrichissement illicite s’est érigé en mode de fonctionnement dans de nombreux départements ministériels. Le chef de l’Etat semble en tout cas avoir trouvé la parade : en guise de mesure en cas de détournements de fonds, il procède à de simples remplacements des mis en cause, sans suites judiciaires (ou avec des suites qui de toute manière n’aboutissent jamais).

Ainsi va la vie sous les latitudes ivoiriennes, entre petite corruption et enrichissement illicite au sommet de l’Etat.

 

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24. mai
2018
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BRASSERIES IVOIRIENNES : LA GUERRE DE LA BIÈRE EST ENGAGÉE, LA JEUNESSE PRISE EN OTAGE !

C’est un euphémisme de le dire, les brasseries ivoiriennes se livrent aujourd’hui une guerre sans merci avec pour cœur de cible la jeunesse. A coups de lynchages médiatiques (spots télé, radio, gadgets, affiches géantes, encarts publicitaires, panneaux publicitaires, animations publiques….), les acteurs du secteur de la bière ivoirienne ne ménagent aucun effort pour conquérir des parts de marché, pour ravir le cœur des consommateurs, surtout des plus jeunes.

En effet, l’arrivée d’un nouvel acteur de la bière en l’occurrence, la société Brassivoire a ouvert les hostilités avec le leader traditionnel du marché ivoirien, Solibra, filiale du groupe Castel. Celle-ci est aussi aux prises avec le géant néerlandais Heineken, actuellement en pleine implantation dans la sous-région, dans laquelle il est entré par la Côte-d’Ivoire. En un mot comme en mille, le secteur de la bière attise les convoitises sous les latitudes ivoiriennes, et d’autres groupes d’envergure mondiale seraient sur les rangs pour profiter de la manne de l’or gris. Au-delà du bouillonnement perceptible dans le secteur de la bière, c’est surtout les pratiques qui flirtent souvent avec le racolage des jeunes et une politique agressive d’incitation à la consommation d’alcool qui interpellent, à plus d’un titre.

LA JEUNESSE : LE RISQUE DE DÉPENDANCE À L’ALCOOL

C’est bien connu, la jeunesse a toujours constitué le cœur de cible des industries. De l’industrie du tabac à celle de l’automobile, les arguments de vente ont été de tout temps dirigés principalement vers la jeunesse. L’industrie de la bière ne déroge donc pas à la règle. Cependant, cela est encore plus vrai sous les tropiques ivoiriens où les acteurs du secteur de la bière semblent s’être lancés dans une véritable campagne séduction tous azimuts pour développer une culture de la consommation de l’alcool au sein de la jeunesse, non sans créer le risque d’une addiction au terrible impact social et sanitaire. Au-delà de la guerre des prix, celle des images fait rage : chaque acteur voulant s’identifier à la jeunesse ivoirienne use de publicités aguichantes ou de jeunes filles et garçons sont mis en scène en train de picoler avec délectation. Non seulement ces publicités passent en boucle sur la chaîne nationale, mais elles inondent aussi les rues abidjanaises. Même la super star ivoirienne de football Didier Drogba a été mis à contribution : un important acteur de la bière l’a payé pour qu’il mette son image au profit de la promotion de sa gamme de produits. Ainsi d’énormes affiches à l’effigie du joueur ivoirien fleurissent à Abidjan, le slogan : « ma bière, c’est Bock ! » faisant référence à la bière dont il défend « les couleurs ». Ces brasseries ont créé un maillage publicitaire de la capitale si impressionnant qu’on ne peut plus faire 100 mètres sans croiser une affiche géante. Et celles-ci invitent à la consommation d’alcool, présentée comme l’expression de la classe, de l’élégance, de la joie de vivre… très certainement un appel du pied à l’endroit de la jeunesse ivoirienne.

Il y a fort à parier qu’il existe une corrélation entre cette forte sollicitation médiatique de la jeunesse à consommer de l’alcool et l’alcoolisme qui se répand dans les rangs de la société ivoirienne. C’est une image banale, aujourd’hui, que de trouver de jeunes ivoiriens attablés autour de bouteilles de bière, aussi bien durant les jours ouvrés que les week-ends. À titre d’exemple de cette déferlante de la bière dans les habitudes de consommation ivoiriennes, deux expressions sont passées dans le langage familier : « aller prendre une bière » ou « donner l’argent de la bière » suite a un service rendu. Des expressions consacrées, qui fleurissent en permanence sur les lèvres des ivoiriens, surtout des plus jeunes, et en disent long sur l’ampleur de ce phénomène des temps nouveaux. Le risque, bien réel : une addiction massive de la jeunesse ivoirienne à l’alcool.

Sans vouloir jeter l’anathème sur les maquis (argot ivoirien pour désigner les cabarets),  ceux-ci constituent tout de même les points de ralliement d’une bonne partie de la jeunesse ivoirienne, et de véritables lieux de beuverie. Avec ces fêtes vient le risque d’avoir des ivoiriens plus noceurs que bosseurs, agglutinés dans les liens de la dépendance à l’alcool. Le phénomène est si prégnant que la musique urbaine ivoirienne (Zouglou) s’en est saisie : la chanson devenue culte du groupe Révolution s’intitule « je bois plus ! », autrement dit je ne consomme plus d’alcool, histoire de mettre sous les projecteurs l’explosion de l’alcoolisme en terre ivoirienne et de sensibiliser sur les graves conséquences liées à l’état d’ébriété.

-UN SILENCE ASSOURDISSANT DES POUVOIRS PUBLICS

On serait tenté de se demander ce que fait l’État, de son côté, contre cette campagne agressive d’incitation à la consommation : rien ou presque ! Tout porte à croire que le gouvernement ivoirien se soucie plus des rentrées financières auprès des brasseries que de leurs pratiques d’implantation ou d’expansion, fussent-elles dangereuses pour la jeunesse. D’ailleurs, pour la nouvelle annexe fiscale, il vient de relever le taux d’imposition sur les produits alcoolisés à environ 20%.  L’une des preuves les plus édifiantes de ce désintérêt des pouvoirs publics relativement aux pratiques peu « orthodoxes » des acteurs de la bière,   réside en la transformation de la RTI (radio télévision ivoirienne, qui est un média d’État) en plate forme de promotion incessante à la consommation de l’alcool. Quand on sait que ces brasseries installées en terre ivoirienne sont de calibre mondial, et qu’elles ne lésinent pas sur les moyens financiers pour polir leur image et aguicher la jeunesse, la RTI s’assure des revenus importants liés aux passages en boucle de leurs spots publicitaires que dis-je de leur déferlante publicitaire, quitte à mettre en partie au placard sa mission d’éducation des populations ivoiriennes. La rentabilité financière l’emporte très largement sur l’exigence d’éducation des masses sociales contenue dans son cahier de charge.

L’intention, ici, n’est pas que ce média d’État devienne puritain ou ultra rigoriste, mais qu’il fasse preuve de retenue face à l’agenda médiatique des brasseries. En tant que média public de grande audience, la télévision ivoirienne ne peut pas se laisser guider uniquement par l’appât du gain, et laisser prospérer ce lynchage publicitaire sur nos écrans. Après tout, les adolescents, qui sont en phase de construction psychique et qui constituent une bonne frange de la population, pourraient facilement se laisser convaincre par le discours racoleur de ces campagnes incessantes. Malheureusement, de plus en plus d’entre eux franchissent le pas de la consommation de l’alcool. Signe des temps, la gente féminine n’est pas en reste de ce phénomène de consommation massive de l’alcool. Il semble révolu le temps où  les jeunes filles se contentaient de prendre de la sucrerie lorsqu’elles étaient invitées à prendre un pot, aujourd’hui elles lèvent le coude (picolent) aussi bien que les hommes, sinon mieux souvent. Pour s’en convaincre, il suffit juste de faire un tour au niveau des maquis et des boîtes  de nuits situés dans les quartiers chauds d’Abidjan comme Yopougon, Adjamé, Abobo… Indistinctement, hommes et femmes s’y adonnent  à de véritables beuveries.

Vivement que l’Etat mette la pédale douce aux opérations médiatiques qui ont cours, aussi bien dans nos médias publics que dans les rues abidjanaises. Il en va de sa responsabilité et de l’avenir de notre jeunesse.

 

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15. déc.
2017
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CALENDRIER SCOLAIRE IVOIRIEN : QUAND LES ÉLЀVES FONT LA PLUIE ET LE BEAU TEMPS !

C’est de notoriété publique, l’école ivoirienne est profondément malade, malade de l’incivisme de ses apprenants,  du manque de matériels didactiques, de l’insuffisance du personnel enseignant…. A ce sombre tableau, s’ajoute aujourd’hui une pratique qui fleurit de plus en plus à l’approche de chaque congé scolaire, en l’occurrence les « congés anticipés’’. En effet, les apprenants ivoiriens s’accordent une rallonge indue de plusieurs jours de congé, voire plusieurs semaines, en complète violation du calendrier officiel. Pour le coup, à la faveur des congés de noël prévus pour le 21 décembre2017, ces apprenants d’un nouveau genre ont décidé de débrayer depuis le 10 décembre, soit 11 jours avant la date officielle des congés du nouvel an et pire, ont décidé selon les indiscrétions qui nous reviennent de reprendre les cours le 8 janvier 2018, soit une semaine après la date officielle. Une perte sèche incompréhensible de trois semaines de cours,  quand on sait que la Cote d’Ivoire possède l’un des quantums horaires(le volume total d’heures dispensées sur l’année) les plus faibles d’Afrique de l’ouest, soit à peine 990 heures de cours, on est en droit de se demander : à quoi peut-on raisonnablement s’attendre en termes de qualité du système éducatif ?

Pas grand-chose ! D’autant plus qu’à ces déperditions d’heures vont s’ajouter celles des congés de février, de Pâques et que sais-je encore. Le phénomène est si  ancré dans les mœurs scolaires qu’il a pris une tonalité nationale, du sud à l’est en passant par le centre, le nord et l’ouest, les apprenants font et défont le calendrier scolaire allègrement, au gré de leurs caprices du moment dans une impunité totale. Une situation qui agace et interpelle à plus d’un titre sur ce qu’il est convenu d’appeler « le phénomène de l’apprenant-roi ».

-UNE ÉCOLE IVOIRIENNE Á L’IMAGE DE LA SOCIÉTÉ IVOIRIENNE

C’est une évidence fondamentale, l’école n’est rien d’autre que le microcosme du macrocosme social, un fidèle miroir  de la société ivoirienne,  aujourd’hui gangrenée par une crise morale sans précédent. En effet, l’incivisme, la culture de la violence, la défiance vis-à-vis de l’autorité, la perte du sens de l’intérêt général… ont incrusté toutes les strates de notre société, non sans enlaidir naturellement l’école. J’ai encore en mémoire ce triste mois de juin 2016 ou l’établissement dans lequel j’officie( le lycée moderne3 de Gagnoa) a subi la furie destructrice de nos apprenants, rien n’a échappé au saccage en règle de notre établissement, de la salle des professeurs aux bureaux administratifs, en passant par le véhicule du proviseur, même les policiers présents sur les lieux n’ont eu la vie sauve que grâce à la célérité de leurs jambes. Comment des élèves peuvent en venir à de telles extrémités ? Avec du recul, force est de constater que les adultes ne font pas mieux, la violence et l’incivisme se banalisent tant et si bien qu’au moindre conflit avec l’autorité, on n’hésite pas à saccager des postes de police comme le mois dernier ou des chauffeurs  de taxi de la ville de Gagnoa ont mis à sac un commissariat pour réclamer la libération d’un des leurs.  Il faut se l’avouer aujourd’hui tous les conflits sociaux quasiment sous les latitudes ivoiriennes se règlent à coups de violences, de surenchère et d’intimidations. Et c’est peu que de le dire ! Comment nos apprenants pourraient-ils rester en marge de cette banalisation de l’incivisme et de la violence ? Aussi faut-il en appeler à un véritable réarmement moral.

-L’URGENCE D’UN RÉARMEMENT MORAL

Aux grands maux les grands remèdes. Au-delà des sanctions que le ministère doit prendre pour mettre fin à l’impunité assourdissante qui entoure ce phénomène des congés anticipés, il faut en venir à une véritable reconversion des mentalités, un réarmement moral dans le sens « d’un ivoirien nouveau », attaché à la chose publique, au civisme, à la non violence et au vivre ensemble. C’est seulement à ce prix qu’on pourra conjurer cette pratique préjudiciable à la bonne marche de l’école ivoirienne et partant redonner à la société ivoirienne la stabilité d’antan.

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01. nov.
2017
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« CHAMPIONNE DE LA CROISSANCE ÉCONOMIQUE…TERREAU DE LA MISЀRE SOCIALE ! »

L’Afrique de l’ouest, comparativement aux autres régions du monde connaît une embellie économique sans précédent. Créditée d’un taux de croissance économique de 6%  par la banque mondiale, la zone ouest-africaine détone par sa bonne santé macro-économique, de quoi faire pâlir d’envie de nombreux États, dont les puissances européennes à la croissance en berne, voire atone. Cependant, ce tableau économique flatteur, cet agrégat de chiffres macro-économiques  semble être l’arbre qui cache la forêt des difficultés existentielles qui assaillent les masses populaires au quotidien.

Aux premières loges de ces pays ouest-africains à forte croissance économique figure incontestablement la Côte  d’Ivoire, avec ses 9% de croissance annuelle depuis 2013. Et pourtant, la précarité sociale n’a jamais été aussi forte sous les latitudes ivoiriennes. Hormis l’élite dirigeante et la classe de nouveaux riches qu’elle a suscitée, le petit peuple se meurt, incapable qu’il est d’assurer ses besoins les plus basiques. Entre cherté de la vie, inflation galopante et chômage de masse, le citoyen lambda ne sait plus à quel saint se vouer tant il est vrai que la conjoncture sociale est de plus en plus insupportable. Pour preuve, les nombreux remous sociaux(les grèves à répétition et les mutineries) qui agitent le front social, et surtout l’exode important des ivoiriens sur le chemin de l’immigration clandestine que le politologue camerounais Achille M’Bembe qualifie à bon droit « d’immigration du désespoir ». Dans un passé récent, les ivoiriens n’avaient pas cette inclination à s’expatrier, surtout pas par le chemin combien difficile voire périlleux de l’immigration clandestine vers l’Europe. Les choses ont bien changé, signe des temps, des milliers de jeunes ivoiriens sont de plus en plus candidats à ce voyage périlleux, au point d’être aujourd’hui le gros de la troupe de la zone ouest-africaine selon les derniers chiffres de l’organisation internationale de la migration. Les ivoiriens de plus en plus n’hésitent plus à franchir le pas, au mépris de leur vie, réduits qu’ils sont à un manque de perspectives sociales. Une absence de ressenti social en termes d’amélioration substantielle des conditions existentielles qui  accrédite la thèse de l’économiste ghanéen George Ayiteh qui parle « de croissance sans développement » ou encore cette charge virulente de l’opposant ivoirien Pascal Affi N’Guessan, qui ironise en dénonçant ces ‘’performances macroéconomiques’’ de : « croissances appauvrissantes ».

C’est un paradoxe bien ivoirien que dis-je ouest africain que d’afficher des taux de croissance records et d’avoir une population qui végète dans une misère criante. Malheureusement, c’est une tendance lourde à l’échelle de la zone ouest-africaine. Du Burkina-Faso, en passant par le Niger, le Benin, le Togo, le Sénégal, le Ghana….les récriminations sont les mêmes. Les performances macro-économiques n’ont pas un réel impact social sur le vécu des populations. La croissance économique, loin d’être inclusive semble réserver ses fruits à une certaine élite : le cercle très fermé de la classe dirigeante et de leurs proches. Il faut bien se l’avouer, l’actuelle classe dirigeante ouest africaine a déçu à bien des égards en matière d’attentes sociales. Réputés pour être des technocrates de haut vol et porteurs d’immenses espoirs sociaux, nos chefs d’État à l’épreuve du pouvoir se sont révélés fort décevants, du moins en ce qui concerne les acquis sociaux. De l’ivoirien Alassane Ouattara, au malien Ibrahim Boubacar Kéita, en passant par le sénégalais Macky Sall ou encore le béninois  Patrice Talon pour ne citer que ceux là, ils brillent par leur absence de résultats sociaux. C’est peu que de le dire, les fruits n’ont pas véritablement tenu la promesse des fleurs.

Plus que jamais, il importe que  la forte croissance économique enregistrée dans nos États ait un effet d’entraînement  sur l’ensemble de la société, dans le sens d’une meilleure inclusivité ou d’un partage équitable de ses fruits. D’ici là, pour les masses sociales, la même boutade fleurit sous toutes les langues : « on ne mange pas la croissance ! »

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18. déc.
2016
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Latitudes ivoiriennes : le règne de l’élève-roi se poursuit !

Malheureusement, les années passent et se ressemblent  en matière de mœurs scolaires  ivoiriennes. En dépit du changement de régime et de la volonté de renouveau affiché par les tenants du pouvoir, les élèves  semblent faire la pluie et le beau temps. Entre bravades, diktats, insouciance et violence à l’occasion, ils font et défont allègrement  le calendrier des congés scolaires au gré de leurs caprices du moment. Ainsi ces congés de Noël n’ont pas dérogé à la règle, les élèves ont débraillé plus tôt que prévu. Initialement arrêtés pour le 21 décembre, les élèves ivoiriens se sont mis en congés anticipés depuis ce 12 décembre. Soit une rallonge indue d’environ 10 jours que dis-je 14 jours puisqu’ils décident  de reprendre plus tard que prévu les cours, soit le 9 janvier au lieu du 5 conformément au calendrier officiel des congés scolaires. Loin d’être confinés à certaines localités, ces troubles scolaires s’étendent à l’échelle nationale comme si ces élèves d’un nouveau genre s’étaient donnés le mot pour paralyser le système éducatif ivoirien, non sans débordements, violences qui ont conduit à des blessés et à des morts comme à Gagnoa.  Quand on sait la faiblesse du quantum horaire ivoirien, à peine 900 heures de cours sur toute l’année scolaire  (comparativement  à celui de la sous-région qui dépasse les 1000 heures) à laquelle viennent se greffer ces perturbations impromptues  et prolongées, on comprend en partie la médiocrité des résultats scolaires ivoiriens. Simplement surréaliste et hallucinant que de voir ces pratiques d’incivisme scolaire se banaliser et prospérer sous nos latitudes. Cette situation de défiance n’est pas sans rappeler un passé noir récent, celui de la FESCI (fédération estudiantine et scolaire de Cote d’Ivoire) qui avait instauré une véritable culture de l’intimidation et de la violence (viols, rackets, assassinats) aussi bien en milieu scolaire que social en général. Sa dissolution récente par les pouvoirs publics ivoiriens n’a visiblement  pas conjuré ce règne de l’apprenant-roi.

Cependant, pas besoin de regarder bien loin  pour identifier les causes de cette attitude de mépris et de bravade à l’égard des règles établies par les apprenants ivoiriens. C’est bien connu, l’école n’est rien d’autre que l’émanation et le reflet de la société. C’est un euphémisme que de dire que l’incivisme est la chose la plus partagée aujourd’hui à l’échelle de la société ivoirienne. Entre dégradation des biens publics, détournement  des deniers publics, non respect du code de la route, incivisme fiscal, environnemental et que sais-je encore, le constat de l’incivisme s’impose avec la force de l’évidence. Alors, rien de plus étonnant que cela déteigne sur le microcosme social qu’est l’école. Aussi faut-il dénoncer cette relation de fusion-confusion aujourd’hui entre apprenants et nombre d’enseignants (copinage, promiscuité, familiarité indiscrète) qui entachent le respect qui entourait le corps enseignant et par delà l’école.

Vivement que tous les acteurs du système éducatif se penchent sur cette triste réalité pour la conjurer, à commencer par le ministère de tutelle qui pour l’instant s’accommode d’un silence assourdissant.  Il y va de la qualité de la formation de la jeunesse et in fine de l’avenir du pays.

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17. nov.
2016
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Et si Trump était une chance pour l’Afrique ?

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Au-delà du concert de protestations et d’indignation qui accompagnent  l’arrivée du 45ième  locataire de la maison blanche, en l’occurrence le désormais président Donald Trump, il faut reconnaître que toute situation fut-elle tragique (comme on pourrait le penser avec l’arrivée de Trump au bureau ovale) comporte une fenêtre d’opportunités ou de possibilités qu’il faut savoir exploiter. Il faut bien se l’avouer, Donald Trump n’a pas un tropisme africain et c’est peu que de le dire. Quand on sait que durant la campagne électorale, dans un de ses meetings enflammés, dans un humour noir, il traitait les africains noirs de paresseux, qui ne songent qu’à manger, à boire et à faire l’amour. Voila au moins qui a le mérite d’être clair.  L’Afrique ne devra compter que sur ses propres forces pour asseoir son développement. Ce nouveau changement de locataire à la maison blanche à l’avantage de ne pas faire nourrir de vains espoirs au continent  africain, qui à tort avait prêté des ambitions africanistes à Barack Obama, ce descendant d’immigré kenyan, véritable incarnation du rêve américain et pourquoi pas du rêve de renaissance africaine ?

Hélas, huit années passées après ce formidable enthousiasme des peuples africains qui a accompagné l’arrivée du premier président afro-américain sur le toit du monde, on serait tenté de dire tout  ça  pour ça. On fait vite d’oublier que Barack Obama a été élu par le peuple américain pour résoudre prioritairement les problèmes des américains. Il est avant tout un citoyen américain que dis-je un patriote américain, soucieux de d’entretenir la grandeur des Etats-Unis. Pas plus que Barack Obama ne peut être la planche de salut du continent africain, pas moins que la présidence de Donald Trump ne serait être quelque chose de fondamentalement dramatique pour l’Afrique. Les Etats-Unis ne peuvent pas soulager  ou abriter outre mesure la misère du monde en général et celle de l’Afrique en particulier. Du reste, l’Afrique n’a pas à attendre que son salut vienne de l’extérieur, fut-ce de la première puissance mondiale, elle-même aux prises avec ses propres difficultés.  Comme le faisait remarquer avec raison l’ex-président américain John Kennedy «  ne nous demandons pas ce que l’Amérique peut faire pour nous, mais ce que chacun de nous peut faire pour favoriser son propre bonheur ». Et si une bonne fois pour toutes, l’arrivée de Trump marquait le réveil du continent africain quant à la prise en main effective de son destin ? Et si l’élection de Donald Trump servait d’électrochoc ou de piqûre  de rappel  au continent africain ?

On sait le personnage isolationniste, outrancier et négrophobe, raison de plus pour que l’Afrique se résolve définitivement à sortir de ces rapports empreints de vassalité, de paternalisme et de misérabilisme qu’elle entretient avec les « grands » de ce monde. En tout état de cause, le développement de l’Afrique est appelé à être  selon le mot de l’historien burkinabé Joseph Ki-Zerbo, «  autocentré, autopropulsé ou endogène ». Le roi du Maroc Mohamed 6 semble avoir pris en particulier la mesure de la  nécessité de promouvoir la coopération sud-sud, d’où sa très belle formule « l’Afrique doit apprendre à faire confiance à l’Afrique ». Il fait figure  de véritable chantre de la coopération intra-africaine ayant réalisé très tôt  que l’Afrique  recèle de nombreux relais de croissance au point d’être aujourd’hui la dernière frontière du développement.

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22. avril
2016
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Les oubliés de la croissance ivoirienne !

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Le moins que l’on puisse dire, c’est que les qualitatifs (voire les superlatifs) ne manquent pas au sujet de la croissance économique ivoirienne. Les chiffres sont flatteurs, la croissance ivoirienne ferait pâlir d’envie bien de pays occidentaux à la croissance en berne pour ne pas dire atone. Crédité d’un taux de croissance à quasiment deux chiffres (neuf pour cent) par les institutions de Brettons Wood, le pays d’Houphouët Boigny fait figure de véritable hub économique dans une sous-région aux performances économiques relativement modestes. Sauf que cette bonne santé macro-économique semble être l’arbre qui cache la forêt des nombreuses difficultés qui assaillent les masses populaires. Il faut bien concéder aux autorités actuelles une politique infrastructurelle volontariste et une certaine orthodoxie financière. Mais cela ne se traduit pas dans l’assiette de l’ivoirien lambda, qui semble se dégarnir jour après jour. C’est comme si l’on constatait deux mouvements inverses.
Le panier de la ménagère, que dis –je, le sachet de la ménagère se réduit comme peau de chagrin dans un fort contexte de chômage et de précarité ambiante. Tout porte à croire que le partage des fruits induits par la croissance économique ne soit pas une réalité tangible pour nombre d’ivoiriens, tant et si bien que les critiques se font de plus en plus virulentes à l’égard de l’élite dirigeante actuelle. A ce titre, la boutade de Kouadio Konan Bertin est édifiante (KKB, ex- frondeur du PDCI, passé aujourd’hui du côté de l’opposition). KKB a déclaré  : « sous Houphouët Boigny, avec une croissance de trois pour cent, les ivoiriens arrivaient à avoir leurs trois repas quotidiens. Comment se fait- il qu’aujourd’hui, avec une croissance de près de deux chiffres, avoir ne serait-ce que deux repas journaliers relève de la croix et la bannière pour de nombreuses familles ? ». Il faut se l’avouer, les nombreux espoirs qu’avait suscité l’arrivée du président Ouattara ont été déçus, du moins en ce qui concernent les mesures sociales.

– La désillusion des masses sociales

Economiste chevronné, ayant fait ses classes comme gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest (BCEAO) et plus tard comme directeur adjoint du Fond monétaire international (FMI), le président Ouattara a incarné pendant longtemps au sein de l’opposition les espoirs sociaux des masses laborieuses ivoiriennes. Sauf qu’à l’épreuve du pouvoir, le petit peuple commence à déchanter. Le « système D » (celui de la débrouillardise) semble être la chose la mieux partagée aujourd’hui par l’ivoirien lambda. Les loyers d’habitation s’envolent et le prix des denrées de première nécessité ont également pris l’ascenseur. Ne me parlez même pas des soins de santé ! En plus d’être de piètre qualité, ils sont inaccessibles pour une grande partie de la population abonnée aux médicaments de rue et à la pharmacopée traditionnelle. L’éducation n’est pas logée à meilleure enseigne, la promesse de l’école gratuite a vite fait de tourner à  l’enfumage. A l’université, les frais d’inscription ont été multipliés par dix ou par quinze (passant de 6000 FCFA à 30.000, 60.000 et 100.000 CFA selon qu’on soit respectivement en année de licence, master et doctorat), pourtant chacun sait que les seuls qui s’y trouvent sont les enfants des couches sociales défavorisées.
Le coût du transport pose également problème. En dépit de l’effondrement du prix du baril du pétrole, la baisse du prix de l’essence à la pompe n’a pas connu d’inflexion. Il est pourtant bien connu que dans la fixation du prix des marchandises, la variable du coût du transport est essentielle. Paradoxe typiquement ivoirien. Les opérateurs de ce secteur ne semblent pas connaitre l’expression  « diminution tarifaire » et cela, accompagné d’un silence assourdissant des pouvoirs publics.
La situation sociale en terre ivoirienne est donc loin d’être reluisante, les populations dans leur grande majorité traversent une période de vache maigre voire de vache morte. On peut malheureusement dire, sans risque de se tromper, que la situation sociale ivoirienne fait écho à celle qui est vécue par les populations ouest-africaines en général, et ce, malgré l’arrivée au pouvoir de nouvelles élites dirigeantes.

– Un échec généralisé de la nouvelle élite dirigeante ouest-africaine

Que d’espoirs fondés sur ces nouveaux présidents de l’Afrique de l’ouest ! Parvenus au pouvoir dans des conditions plus ou moins démocratiques, ils symbolisent cette race de nouveaux dirigeants africains, décomplexés et technocrates. Du président ivoirien Ouattara au malien Ibrahim Boubacar Keita (IBK) en passant par le sénégalais Macky Sall, par le nigérien  Mamadou Issoufou, et par le ghanéen  John  Dramani  ou encore par le béninois Yahi Boni (aujourd’hui sur le départ)… tous ont surfé sur la promesse ferme de changer le quotidien de leurs compatriotes. Certains ont même poussé l’audace jusqu’à promettre de réussir ce tour de force en cent jours ! Sauf que la dure réalité du pouvoir semble les avoir rattrapés. Aussi longtemps que nos chefs d’Etats s’enfermeront dans cette politique du chiffre, sans chercher à répercuter la croissance économique dans notre vécu quotidien, en la rendant ainsi inclusive et partagée, les récriminations iront grandissantes, avec à la clé cette boutade « on ne mange pas la croissance ! ».

 

 

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13. avril
2016
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PATRICE TALON : L’HOMME DE LA RUPTURE ?

patrice_talon.fw

Désormais à l’épreuve du pouvoir, après avoir réussi le tour de force de battre l’ex-premier ministre Lionel Zinsou  (qui avait pour lui l’appareil d’Etat et le soutien du principal parti d’opposition), Patrice Talon personnifie plus que jamais les nombreuses attentes sociales de la population béninoise à forte majorité déshéritée. Il faut se l’avouer, les deux mandats du président sortant Yayi Boni ont été relativement décevants,  du moins en ce qui concerne les acquis sociaux. Au-delà de la relative embellie  macro-économique (un taux de croissance de 5%), les scandales de corruption, le clientélisme et surtout l’incapacité des pouvoirs publics à tirer les masses sociales des griffes de la pauvreté ont alimenté à juste titre un ressentiment  des masses laborieuses à l’égard de l’élite dirigeante. Du reste, l’élection présidentielle qui a tourné à un référendum pour ou contre la continuité du système Yayi Boni et le vote sanction  des électeurs béninois ont confirmé  le désaveu généralisé des populations. Patrice Talon saurait-il être l’homme du renouveau ? Ce personnage providentiel capable de sortir le Bénin des profondeurs du sous –développement ? Rien n’est moins sur ! Sans vouloir préjuger de l’issue du mandat du président entrant, les mœurs politiques actuelles nous enseignent que sous certaines latitudes, les fruits ne tiennent pas toujours la promesse des fleurs. Du président Hollande, à Yayi Boni, en passant par Macky Sall, Ibrahim Boubacar Keita ou Allassane Ouattara, le constat de la désillusion d’une large partie de leur peuple respectif s’impose avec la force de l’évidence. On serait tenté de dire tout ça pour ça ! Tous portés par une large caution populaire voire un plébiscite au pouvoir sauf que  les attentes sociales liées aux présidents sus –mentionnés ont été en grande partie déçues. Cependant, n’allons pas vite en besogne, les intentions affichées par le nouveau tenant du pouvoir béninois sont aussi autant de motifs d’espoirs. De sa volonté de ne faire qu’un seul mandat ( ce qui serait historique)  à la promesse de moralisation de la vie publique en passant par la mise en place d’un gouvernement de combat et non de remerciements, le nouveau président Patrice Talon veut imprimer ses marques. Les marques d’une nouvelle gouvernance au service du peuple ou le citoyen lambda verra enfin ses conditions existentielles changer qualitativement. Espérons tout simplement que ce catalogue de belles  promesses ne tournent pas une fois de plus à l’enfumage ?

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15. mars
2016
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Grand-Bassam : la Côte d’Ivoire à l’épreuve du terrorisme

On savait la menace imminente. Après les attaques de l’hôtel Radisson au Mali, du Splendide hôtel au Burkina-Faso et les menaces proférées par certaines mouvances terroristes contre Abidjan, la Côte d’Ivoire était devenue une cible quasi-naturelle dans la sous-région, désormais gangrenée par le cancer du terrorisme.

Naguère regardée de loin et de haut comme une menace intrinsèquement liée aux pays arabo-musulmans, puis à l’occident et progressivement à la bande sahélo-sahélienne, le terrorisme islamiste semble plus que jamais être dans une phase d’externalisation vers les pays du littoral, avec pour point de mire les deux vitrines de la sous-région que sont la Cote d’Ivoire et le Sénégal. Trois jours après ces attaques inédites, le pays de Félix Houphouët Boigny ploie toujours sous le poids du choc. Entre consternation, incompréhension et révolte, la rue ivoirienne réalise désormais qu’il va falloir dorénavant compter avec cette nouvelle menace transfrontalière.

Si aujourd’hui tous les pays de la sous – région sont a priori concernés par la menace djihadiste, certains pays le sont plus que d’autres. La Côte d’Ivoire fait assurément partie des cibles de prédilection tant par la forte présence de ressortissants occidentaux, notamment français, que par l’engagement du 43ième BIMA (base militaire française) située à Abidjan et active dans l’opération Barkhane (opération menée par l’armée française qui vise à lutter contre les groupes armés djihadistes salafistes dans toute la région du Sahel).

LA LOGIQUE DE LA DOUBLE PUNITION

La logique djihadiste est bien connue : s’en prendre à tout ce qui symbolise l’occident, à commencer par les occidentaux eux-mêmes. Réputé comme le cadre de villégiature par excellence dans les environs d’Abidjan, Grand Bassam attire du beau monde notamment les occidentaux, touristes ou expatriés. Tout ceci a très fortement pesé dans la décision funeste de s’attaquer à cette station balnéaire. De l’attaque de Bamako en passant par celle de Ouagadougou et aujourd’hui Grand Bassam, il s’agit de faire le maximum de morts dans les rangs de ceux qui sont assimilés, dans la surenchère islamiste, aux « impies ». Même si, au final, les principales victimes restent toujours la population locale. Au-delà de la cible occidentale, il s’agit aussi de punir la Côte d’Ivoire à travers la présence sur ses terres d’une base militaire française(le 43ieme BIMA) dédiée entièrement à soutenir aujourd’hui l’opération Barkhane dans sa lutte contre le terrorisme dans la bande sahélo-sahélienne. Il faut bien se l’avouer, face à cette menace nouvelle, les Etats africains semblent être particulièrement démunis.

L’INADAPTATION DE NOS FORCES DE DEFENSE ET DE SECURITE

L’incapacité de notre système sécuritaire à faire face à la gangrène du terrorisme islamique est une vérité qui s’impose avec la force de l’évidence. Fragilisés par la porosité de leurs frontières, les Etats africains font figure de véritables passoires, facilitant ainsi l’entrée et la sortie de potentiels terroristes avec armes et bagages. Le manque de formation des forces de sécurité, le manque de logistique et le manque de veille (en termes de renseignements) face à cette menace diffuse qui est devenue aujourd’hui une véritable guerre, crée une asymétrie qu’il nous faut absolument corriger.
La fusillade de Grand-Bassam  marque et marquera durablement nos comportements individuels et collectifs. Comme le relève avec raison le président malien, Ibrahim Boubacar Keita,  « l’époque de la douce tranquillité semble être révolue ».

 

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mon oeil sur le monde

Auteur·e

L'auteur: Seydou KONE
Je suis professeur de philosophie. Depuis le pays où il y a plus de «titrologues» que de gens qui lisent les journaux (je parle de la Cote d’Ivoire), je vous décrypte ma société et le monde. Bienvenue chez moi, vous êtes chez vous.

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