Grand-Bassam : la Côte d’Ivoire à l’épreuve du terrorisme

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15 mars 2016

Grand-Bassam : la Côte d’Ivoire à l’épreuve du terrorisme

On savait la menace imminente. Après les attaques de l’hôtel Radisson au Mali, du Splendide hôtel au Burkina-Faso et les menaces proférées par certaines mouvances terroristes contre Abidjan, la Côte d’Ivoire était devenue une cible quasi-naturelle dans la sous-région, désormais gangrenée par le cancer du terrorisme.

Naguère regardée de loin et de haut comme une menace intrinsèquement liée aux pays arabo-musulmans, puis à l’occident et progressivement à la bande sahélo-sahélienne, le terrorisme islamiste semble plus que jamais être dans une phase d’externalisation vers les pays du littoral, avec pour point de mire les deux vitrines de la sous-région que sont la Cote d’Ivoire et le Sénégal. Trois jours après ces attaques inédites, le pays de Félix Houphouët Boigny ploie toujours sous le poids du choc. Entre consternation, incompréhension et révolte, la rue ivoirienne réalise désormais qu’il va falloir dorénavant compter avec cette nouvelle menace transfrontalière.

Si aujourd’hui tous les pays de la sous – région sont a priori concernés par la menace djihadiste, certains pays le sont plus que d’autres. La Côte d’Ivoire fait assurément partie des cibles de prédilection tant par la forte présence de ressortissants occidentaux, notamment français, que par l’engagement du 43ième BIMA (base militaire française) située à Abidjan et active dans l’opération Barkhane (opération menée par l’armée française qui vise à lutter contre les groupes armés djihadistes salafistes dans toute la région du Sahel).

LA LOGIQUE DE LA DOUBLE PUNITION

La logique djihadiste est bien connue : s’en prendre à tout ce qui symbolise l’occident, à commencer par les occidentaux eux-mêmes. Réputé comme le cadre de villégiature par excellence dans les environs d’Abidjan, Grand Bassam attire du beau monde notamment les occidentaux, touristes ou expatriés. Tout ceci a très fortement pesé dans la décision funeste de s’attaquer à cette station balnéaire. De l’attaque de Bamako en passant par celle de Ouagadougou et aujourd’hui Grand Bassam, il s’agit de faire le maximum de morts dans les rangs de ceux qui sont assimilés, dans la surenchère islamiste, aux « impies ». Même si, au final, les principales victimes restent toujours la population locale. Au-delà de la cible occidentale, il s’agit aussi de punir la Côte d’Ivoire à travers la présence sur ses terres d’une base militaire française(le 43ieme BIMA) dédiée entièrement à soutenir aujourd’hui l’opération Barkhane dans sa lutte contre le terrorisme dans la bande sahélo-sahélienne. Il faut bien se l’avouer, face à cette menace nouvelle, les Etats africains semblent être particulièrement démunis.

L’INADAPTATION DE NOS FORCES DE DEFENSE ET DE SECURITE

L’incapacité de notre système sécuritaire à faire face à la gangrène du terrorisme islamique est une vérité qui s’impose avec la force de l’évidence. Fragilisés par la porosité de leurs frontières, les Etats africains font figure de véritables passoires, facilitant ainsi l’entrée et la sortie de potentiels terroristes avec armes et bagages. Le manque de formation des forces de sécurité, le manque de logistique et le manque de veille (en termes de renseignements) face à cette menace diffuse qui est devenue aujourd’hui une véritable guerre, crée une asymétrie qu’il nous faut absolument corriger.
La fusillade de Grand-Bassam  marque et marquera durablement nos comportements individuels et collectifs. Comme le relève avec raison le président malien, Ibrahim Boubacar Keita,  « l’époque de la douce tranquillité semble être révolue ».

 

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Commentaires

Benjamin Yobouet
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Très clair et intéressant ton analyse !

kone seydou
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Salut benjamin,aux beaux souvenirs de dakar, merci pour ta promptitude a reagir toujours suite a nos billets