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Le Grognon
05. févr.
2016
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DEMISSION DE TAUBIRA : UN CAS D’ECOLE POUR LA CLASSE DIRIGEANTE AFRICAINE

C’est de notoriété publique, le terme démission ne fait quasiment pas partie du lexique de l’élite  dirigeante sous nos latitudes africaines. Et c’est peu que de le dire, en dépit des scandales avérés( actes de concussion et de corruption), de l’incompétence notoire de certains hauts commis de l’Etat ou de la survenance de certains drames qui engagent la responsabilité des départements ministériels concernés, le personnel dirigeant se refuse toujours à toute démission. Tout se passe comme si nos hommes politiques ont été taillés dans un bois différent, avec des tables de valeurs différentes qui occasionnent de tels écarts de comportement d’avec leurs homologues européens, américains ou  asiatiques. La récente démission du ministre français de la justice Christiane Taubira pour désaccord politique majeur  est édifiante, elle pourrait à bien des égards avoir force d’exemple sur un continent rongé par la confiscation du pouvoir ou par le manque de culture de la démission.  Peut-être faut-il se plonger dans la psychologie du pouvoir sous nos tropiques pour espérer comprendre les ressorts de ce paradoxe bien africain. En effet, le pouvoir est  assimilé en général à une immense mangeoire ou l’on se sert au lieu de servir le peuple. Une vision personnelle et patrimoniale des postes à responsabilité qui autorisent tous les reniements et toutes  les compromissions. Cela n’est pas sans rappeler  une histoire qui a cours dans les milieux populaires ivoiriens (avérée ou simplement alléguée) toujours est-il qu’elle est éminemment révélatrice de la vision prédatrice ou enrichissante de la fonction ministérielle. En effet, suite à une nomination ministérielle,  un  nouveau promu à reçu tout son cercle parental, amical et même régional (car sous nos latitudes, la promotion d’un cadre équivaut à la promotion de sa région) qui n’ont pas manqué de lui rappeler cette « vérité fondamentale », un ministère, ça sert rapidement à se remplit les poches, à accorder des prébendes à ses proches et à favoriser sa région. Aujourd’hui, c’est ton tour et par extension notre tour, alors dépêches-toi, on ne s’est pas de quoi demain sera fait (sous-entendu que la longévité à la tête d’un ministère est éphémère). Il n’est pas alors étonnant que l’enrichissement illicite, l’embourgeoisement ou la captation des richesses soit devenue un sport national au sommet de l’Etat. Tout porte à croire que pour   rien au monde, après la dure accession à un poste à responsabilité et notamment ministériel, nos hommes politique soient prêt à lâcher tous leurs avantages matériels et honorifiques d’autant moins pour  une question de «  simple principe ». Ah, si le reniement politique pouvait tuer, surement que la quasi-totalité de notre gotha politique serait passé de vie à trépas. En tout cas vu d’Afrique, la démission de Taubira force le respect et l’admiration car elle personnifie une certaine décence politique, une fidélité avec ses valeurs ou ses convictions politiques. Du reste, la formule est connue, mieux vaut mourir avec ses idées que survivre avec celles des autres, partir, c’est aussi résister…

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30. déc.
2015
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AU SECOURS : MON ELEVE ME FAIT LA COUR…

marchandisation

C’est un secret de polichinelle, le constat de la prédation sexuelle à grande échelle s’impose aujourd’hui avec la force de l’évidence dans le milieu scolaire ivoirien. L’imagerie populaire assimile à bien des égards, le corps enseignant au vice, aux mœurs légères. Un corps volage ou les préoccupations du bas de la ceinture l’emportent largement  sur les devoirs d’éducation et de formation des apprenants à eux confiés par l’Etat de Cote d’Ivoire. Il y a lieu de préciser que cet écrit fait écho à un précédent  billet déjà publié,  qui faisait état de ce qu’ils ne sont pas nombreux ces proviseurs, censeurs, professeurs, éducateurs à ne pas manger de ce pain sexuel  immonde et immoral. Hélas, au-delà du concert de critiques qu’on pourrait adresser à ces prédateurs sexuels déguisés en acteurs du système éducatif ivoirien, il demeure que ces coureurs de gamines, à la braguette facile ne sont pas les seuls à être incriminés dans ce vaste phénomène de massification sexuelle. A ce titre, j’en ai fait l’amère expérience, en effet,  affecté en 2012 dans un lycée de la place à Gagnoa en qualité de professeur de philosophie, certaines classes m’avaient été confiées dont une terminale D ou j’avais été retenu comme professeur principal. Une tâche assez fastidieuse et laborieuse qui installe ledit  professeur dans un rôle  d’interface avec l’administration, de conseils et d’encadrement psycho – pédagogique des apprenants dont il a la charge en particulier. Toute chose qui a valu la mise à disposition de mon numéro de portable à l’endroit de l’ensemble des élèves, un geste aussi nourri  par  la perspective d’explication de certains sujets à l’approche de l’examen du baccalauréat. Les cours s’achevant  généralement un mois avant la tenue des examens à grands tirages. Mal m’en à pris, dans la foulée, une apprenante dont je tairais volontairement le nom s’est singulièrement distinguée par ses appels, au départ « innocents »,  qui par la suite se sont mués en messages d’amour et d’harcèlement. Malgré les mises en gardes, les tentatives de rappel à la raison, évoquant mon statut d’homme marié, rien n’y fit. Elle restait droite dans ses bottes dans sa noire volonté de relation sexuelle non sans finalement se faire connaitre par mon épouse à qui j’ai expliqué à mon corps défendant la situation qui prévalait. Son renvoi de l’établissement suite à deux échec consécutifs au baccalauréat m’avait laissé croire qu’enfin l’heure de la délivrance avait sonnée, oh que non ! Ni le départ du lycée ni le silence assourdissant dans lequel je m’étais enfermé à son égard (la non réception de ses appels et ses messages qui restaient sans suite) n’avaient ramolli sa détermination. Pour preuve, la semaine surpassée, je reçois, un appel du Burkina Faso, croyant avoir affaire à un ami burkinabé avec qui j’avais fait le secondaire et qui y réside désormais, grande fut ma surprise, qu’au bout du fil se trouvait « l’inoxydable » ex – apprenante. Au delà de cette expérience personnelle, il faut se l’avouer certaines jeunes apprenantes aujourd’hui sont prêtes à faire feu de tout bois en usant de moyens peu catholiques et peu académiques, qui pour l’obtention de notes, qui pour l’obtention d’avantages financiers, qui pour se faire valoir auprès de leurs camarades, qui finalement par amour ou peut être par passade.

En tout état de cause, le personnel enseignant et le personnel d’encadrement ont le devoir impérieux de prendre de la hauteur face à  ces sollicitations émanant de jeunes filles en pleine  construction intellectuelle, morale et affective. En quête de repères et de référents, elles ne doivent pas servir de proies sexuelles pour garnir le tableau de chasse de certains collègues qui sont passés maitre aujourd’hui dans l’art du multi partenariat sexuel à l’école.

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10. déc.
2015
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Formation mondoblog Dakar2015: un « gaou » dans l’avion (acte 1)

fhb

Il est dans l’existence d’un homme, des tranches de vie qui restent à jamais marquées d’une pierre blanche. Immanquablement, cette formation mondoblog saison quatre à Dakar en fait partie. Et c’est peu que de le dire d’ailleurs. Si la formation a été  mémorable du point de vue du contenu, elle ne l’est pas moins, coté coulisse, insolite et découverte. En effet, il faut se l’avouer, la quasi-totalité des blogueurs présents à Dakar étaient des gaous c’est-à-dire dans l’imagerie populaire ivoirienne  des bleus, des novices qui n’avaient jamais pris l’avion. Et comme, il fallait s’y attendre, ce premier voyage dans ce gros oiseau métallique n’a pas manqué de charrier son lot de scènes cocasses, d’appréhensions et d’autodérision. Tenez,  ce samedi 28 Novembre 2015, le départ sur Dakar était  prévu pour 11h35 minutes, bien entendu, il fallait se rendre deux heures au moins à l’aéroport à l’effet de remplir les nombreuses formalités  d’usage. Contrairement à mon habitude de grand retardataire, dès 5heures du matin, c’était la veillée d’arme (ranger les affaires personnelles, s’assurer de la présence des documents de voyage et surtout apporter un soin particulier à ma mise vestimentaire du jour). Après tout, j’allais à Dakar par avion, c’était une première,  il fallait marquer le coup en sortant la grande artillerie c’est-à-dire la tenue d’apparat .A en juger par le concert d’exclamations de mes frères et sœurs à la sortie de ma chambre, visiblement, j’étais tiré à quatre peut-être cinq épingles même. Effectivement comme souhaité, mon médecin de frère (lui aussi retenu pour la formation) et moi arrivons à l’aéroport international Félix Houphouët Boigny aux environs de 9heures non sans être admiratif de ce hub aérien de la sous-région. Je n’y avais jamais mis les pieds et pour tout dire j’en étais conquis. De la vaste salle d’attente en passant par les galeries, les agences, la salle d’enregistrement et d’embarquement  assorti d’un escalier roulant, j’en prenais plein la vue. Mais, en bon ivoirien, il ne fallait pas accuser le coup c’est-à-dire ne pas laisser paraitre outre-mesure mon émoi et mon stress liés à ce nouvel environnement. Sauf que mon inexpérience a failli me faire trébucher à la prise de l’escalier roulant, je m’y suis pris par deux fois avant de parvenir à me stabiliser sur ce drôle d’engin. Fort heureusement, je m’y trouvais pratiquement seule, la honte liée au regard extérieur donc s’en trouvait réduite. Je réalisais que prendre un avion relevait d’un ensemble de démarches et de formalités tatillons. Contrairement à nos voyages en car très informels et anarchiques, tout était procédurier et passé au peigne fin. Surement que le contexte sécuritaire anxiogène lié aux récents attentats en rajoutait une couche. Figurez-vous que hormis le contrôle des bagages au scanner, le contrôle d’identité assorti de prise d’empreintes biométriques et de prise de vue par les services de la sécurité intérieure, nous sommes passés par un portique de sécurité avec à la clé une fouille au corps des plus minutieuses.  Aussi, faut-il préciser que nous avons été obligés de nous déchausser, d’ôter nos ceintures et tout ce qui portait une part de métal pour passer le portique de sécurité. Une véritable obsession du tout sécuritaire qui n’a pas manqué de m’agacer et de nourrir ce commentaire à l’endroit d’un agent de contrôle «  vous ne pensez pas que vous en faites trop ! »

Passés cette étape fastidieuse et laborieuse, nous sommes dirigés vers la salle d’embarquement ou nous pouvons enfin profiter de la quiétude et d’un certain confort douillet. Cependant, je reste partagé entre appréhensions et empressement de prendre place à bord de l’avion. Comment le vol se passerait-il ? Tous les cas de figures me taraudaient l’esprit et surtout les plus noirs, d’un acte terroriste à une avarie du moteur mais aussi une interrogation liée au génie humain « comment ce géant des airs arrivait-il à se maintenir surtout que notre vol devait durer environ trois heures ? » bref, pour le moins, mon intérieur bouillonnait et le haut parleur indiquait dans la foulée aux passagers en partance pour Dakar de se rendre à la porte trois pour l’embarquement. Il fallait que je parte non sans avoir battu le rappel de toutes mes forces et formulé une prière de protection. Nous franchissons ladite porte et nous sommes accueillis chaleureusement par de charmantes hôtesses de l’air qui nous invitent à rejoindre nos sièges respectifs. Avant le décollage, j’ai encore le temps d’appeler mon père et d’envoyer des texto à des collègues pour leur signifier ma présence dans l’avion avec une certaine pointe de fierté car sous nos latitudes ivoiriennes voire africaines prendre l’avion est loin d’être un acte banal. Le commandant de bord au nom du personnel navigant nous souhaite la bienvenue et enclenche le décollage progressif, les vrombissements du moteur sont à peine perceptibles, on sent que l’avion prend de plus en plus de la vitesse sur la piste, dans une poussée ultime et de fortes secousses, il s’arrache à la terre. Nous voilà dans les airs, en partance pour le pays du poète-président Léopold Sedar Senghor

 

 

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Article : Crise migratoire en Europe  : « Il n’y a pas de victimes innocentes! »
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13 novembre 2015

Crise migratoire en Europe : « Il n’y a pas de victimes innocentes! »

 

La formule est de l’écrivain français Jules Romain. Elle pourrait à bien des égards, remarquablement faire écho aux récriminations incessantes d’une partie de l’opinion publique européenne qui se hérisse face à l’afflux massif des migrants sur le vieux continent.

Si l’Europe à beau jeu de claironner qu’elle ne peut abriter toute la misère du monde, il n’en reste pas moins que l’Occident en général est en partie responsable de cette misère insoutenable qui gangrène certains espaces géographiques de la planète. Sans vouloir diminuer la responsabilité des élites dirigeantes afghanes, irakiennes, syriennes ou africaines pour ne citer que celles-là dans ce qu’il est convenu d’appeler «  la migration du désespoir », force est de constater que l’Occident de par ses agissements arrogants et conquérants a fait le lit à certains égards de la déstabilisation de certaines parties du monde.

Hier au nom d’un faux universalisme ou d’un européocentrisme sans limites, le continent africain a été mis en coupe réglée sur le plan économique, ses bras valides déportés et sa culture dévastée.  De la traite négrière à la colonisation en passant par l’actuel néo-colonialisme déguisé (sur le plan économique et politique) que subit l’Afrique, il est clair que ces facteurs structurants ne sauraient être ignorés dans l’état présent de décrépitude du continent africain. Le passé pèse sur le présent même si ce présent a pour vocation à être amélioré à la lumière des erreurs antérieures. L’Europe peut se gargariser d’être opulente, mais cette richesse ne s’est pas construite en dehors du sang, de la sueur et des ressources naturelles africaines. Tant s’en faut d’ailleurs.

Comment passer sous silence encore le rôle déstabilisateur de l’Occident en Libye, en Irak et en Afghanistan. Au nom de la prétendue lutte contre le terrorisme, ces pays gros contributeurs de migrants ont été mis à feu et à sang faisant ainsi indirectement le lit de l’extrémisme et du terrorisme.

L’Afrique subit de plein fouet les effets pervers du dérèglement climatique

Comment passer sous silence également les effets ravageurs du réchauffement climatique en grande partie occasionné par la forte industrialisation de l’Occident dont l’Afrique pâtit particulièrement. Plus que jamais la dette écologique ou la justice écologique se pose avec acuité. Quand on sait que les pays développés freinent des quatre fers pour alimenter de cent milliards de dollars le fonds vert destiné à soutenir les pays pauvres dans leur effort écologique, on se surprend dans la foulée à constater un nombre croissant d’Africains candidats à l’émigration. Pour une population à majorité rurale, l’Afrique subit de plein fouet les effets pervers du dérèglement climatique.  Elle est donc est exposée à une plus grande précarisation des masses sociales et à un fort risque pour ses fils de s’expatrier.

En un mot comme en mille, l’Occident ne saurait être indéfiniment un îlot de prospérité dans un océan de misère et d’instabilité. Au-delà du devoir humanitaire, c’est un devoir existentiel pour l’Occident en général de contribuer à l’avènement d’un monde beaucoup plus juste et solidaire. Les tours de vis migratoires ou la volonté de transformer l’Europe en une forteresse n’y feront rien. C’est bien connu : «  On n’arrête pas la mer avec les bras ».

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21. oct.
2015
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La foire ivoirienne aux charlatans politiques!

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C’est bien connu sous les latitudes ivoiriennes, la campagne liée à la grand-messe électorale que constitue la présidentielle charrie dans son flot d’agitation inhabituelle une bonne part de surenchère et de populisme. Véritable bazar politique à l’ivoirienne, l’élection attire des candidats de tous crins ou de tous acabits. Des politiciens du dimanche (intermittents politiques) à la vieille garde politique en passant par les frondeurs, les sirènes du pouvoir alimentent les promesses électoralistes quitte à tomber dans la démagogie. « Moi président », je promets cinq millions d’emplois, « moi président » j’installerai le métro et le tramway à Abidjan, «  moi président » toutes les populations défavorisées auront droit à des logements sociaux, « moi président », la couverture sociale sera une réalité… Un air de déjà vu, un air de déjà entendu, un flux et un reflux permanent, un catalogue de belles promesses qui à l’épreuve du pouvoir se révèlent chimériques. Tout se passe comme si les différents régimes qui se succèdent depuis deux décennies en terre d’Eburnie sont frappés d’amnésie collective quant à la tenue de leurs engagements de campagne, un véritable hiatus entre les promesses et les actes qui irritent plus que jamais l’électorat ivoirien.

Une population désabusée

Hormis l’exception Felix Houphouët-Boigny (premier président ivoirien) qui a fait de la Côte d’Ivoire un Etat moderne et modèle à certains égards, les pouvoirs successifs se sont révélés décevants les uns après autres. Pire, ils ont réussi le tour de force de défigurer ce pays autrefois réputé pour être la « petite Suisse » en le plongeant dans les affres de la guerre civile. Du projet de société d’Henri Konan Bédié dénommé «  l’éléphant d’Afrique » (qui a tourné à l’enfumage) en passant par le tour de passe-passe de la « refondation » initié par Laurent Gbagbo et aujourd’hui le concept de « l’émergence » porté par Alassane Ouattara dont les rails se mettent difficilement en place, le mensonge politique semble être la chose la mieux partagée au sein du personnel politique ivoirien. Lassées par les promesses politiques recyclées ou remises chaque fois au goût du jour, certaines voix, de plus en plus, réclament le renouvellement de la classe politique. Selon toute vraisemblance, cette élection présidentielle ne devrait pas drainer les foules tant il est vrai que les promesses politiciennes ne font plus recette au sein des masses sociales aux prises avec les griffes de la précarité ambiante. L’immense espoir social suscité par l’arrivée au pouvoir en 2011 du président Ouattarra cède la place à un certain désenchantement des masses laborieuses. Les fruits n’ont pas tenu totalement la promesse des fleurs sauf que sous les latitudes ivoiriennes, en général, l’obligation de résultat ne pèse pas véritablement dans la balance de la réélection du président. Tant qu’on s’assure le soutien de l’armée, qu’on tient les cordons de la bourse et qu’on active le jeu des alliances politiques comme c’est le cas actuellement à travers le rassemblement des houphouétistes, le tour est joué.

Le président Hollande, un cas d’école pour l’élite africaine

Abstraction faite du record d’impopularité du chef de l’Etat français dans l’opinion publique française, vu d’Afrique, il personnifie une certaine décence politique. En effet, contrairement à l’élite dirigeante africaine prompte à rempiler indéfiniment au pouvoir, au mépris de leurs promesses sociales, le président Hollande lie son éventuelle candidature à la  présidentielle de 2017 à l’inversion de la courbe du chômage. Hélas, le paradoxe est bien africain, ils sont nombreux ces chefs d’Etat sous nos tropiques à avoir administré la preuve de leur incapacité notoire à améliorer les conditions existentielles de leurs peuples tout en s’accrochant contre vents et marées aux fastes du pouvoir. On ne le dira jamais assez, il faut déconstruire la vision actuelle du pouvoir d’Etat en Afrique, un pouvoir perçu généralement sous le prisme déformant de la captation des richesses ou de l’enrichissement illicite. A la veille des joutes électorales qui se tiendront dans plus d’une dizaine de pays africains cette année, on pourrait le dire sans risque de se tromper « démagogues de tous bords, prêts, à vos marques, partez ».

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01. sept.
2015
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Idriss Déby : « Après moi le déluge ! »

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Malheureusement, ils sont encore nombreux ces chefs d’Etat africains que dis- je ces monarques républicains à nourrir à tort l’idée selon laquelle ils sont porteurs d’un destin messianique ou providentiel. Assis sur la montagne de leurs prétentions nombrilistes, ils agitent à tout va le chiffon rouge du chaos social après leur départ du pouvoir. Tout en perdant de vue que les cimetières ou les poubelles de l’histoire regorgent suffisamment de ces personnages politiques auto-proclamés hier « grands timoniers ou guides suprêmes », dont l’absence aujourd’hui n’affecte pas la marche de leurs pays respectifs. Et c’est peu que de le dire.  A l’instar de ses pairs de l’Afrique centrale (tous portés par cette volonté chevillée au corps de s’éterniser au pouvoir) le président tchadien Idriss Déby lors d’un récent échange avec la presse n’a pas manqué de se fendre de ce propos aussi surréaliste que lamentable « je ne reste pas au pouvoir pour mon bon vouloir, si je sais que quelqu’un d’autre peut assurer la stabilité de ce pays, je céderais la place » . Comme quoi aucun citoyen tchadien autre qu’Idriss Déby n’aurait l’intelligence et la poigne nécessaires pour conduire le pays vers des rivages heureux. Rien moins que l’expression d’un ego surdimensionné nourri par une certaine passivité de la communauté internationale.

Une communauté internationale attentiste, voire complice

Il faut bien se l’avouer, le président tchadien a réussi le tour de force de se refaire une virginité politique à l’international à la faveur de la lutte contre le terrorisme et de la crise centrafricaine. Drapé désormais dans ses habits d’allié incontournable de l’Occident à travers l’opération française Barkhane et les faits d’armes de son armée notamment au Nord-Mali, Déby semble jouir d’un certain blanc-seing de la communauté internationale. Les dérives du régime Déby (elles sont encore légion) et son rappel à l’ordre par les démocraties occidentales semblent bien loin aujourd’hui. Un silence assourdissant qui tranche étrangement d’avec l’activisme dirigé contre Joseph Désiré Kabila porté lui aussi par le désir de jouer les prolongations au terme de son mandat. S’il est vrai que l’environnement international dominé aujourd’hui par des considérations sécuritaires joue en faveur du maintien au pouvoir de l’actuel président, il n’en reste pas moins que des facteurs endogènes y contribuent, dont notamment la désunion de l’opposition.

Une opposition aussi divisée qu’invisible

La balkanisation de l’opposition est incontestablement un obstacle majeur qui retarde l’alternance politique dans maints pays africains. Le Tchad n’échappe pas à cette tendance lourde. Vautrés dans des querelles intestines les différents partis politiques roulent uniquement pour leur petite boutique ou pour leur petite chapelle faisant ainsi le lit  du maintien au pouvoir de Déby. Comment peut- on espérer bouter un régime quasi trentenaire lors d’un scrutin uninominal à un seul tour sans vouloir coaliser l’ensemble des forces de l’opposition ? A l’évidence, chaque acteur de l’opposition nourrit obstinément l’idée d’un destin national sauf que la conquête du pouvoir d’Etat exige de vastes alliances surtout quand le régime a pour lui l’appareil de l’Etat et les cordons de la bourse. A moins que le vent de la révolution populaire ne souffle sous les latitudes tchadiennes, tout porte à croire que la longévité d’Idriss Déby au pouvoir a encore de beaux jours.

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23. août
2015
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Présidentielle ivoirienne; l’heure est à la transhumance

L’ élection présidentielle en terre d’Eburnie se rapproche à très grands pas (octobre 2015) avec son lot de grandes manœuvres, de débauchages et de transhumances politiques. Comme à l’accoutumée des grandes batailles électorales, le marigot politique ivoirien est en pleine effervescence, en pleine recomposition sur fond de calculs électoralistes et surtout de marchandages politiques que dis-je de nomadisme politique.nommadisme_fologo

Aussi inconstants que des girouettes; une partie du personnel politique a fait sien cet adage populaire « je sèche mon habit là ou brille le soleil » comprenez : je me range du côté du pouvoir pour bien entendu bénéficier de ses délices. Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, les ennemis jugés irréductibles d’hier deviennent de fervents alliés. Les alliances se font et se défont au gré des promesses, les alliances contre nature n’existent plus. Tout se passe comme si les lignes politiques s’étaient évaporées. Seule la politique du ventre semble présider tous les positionnements sur l’échiquier politique ivoirien. Une situation tout à l’avantage du pouvoir. Un pouvoir, qui conscient de la forte sensibilité des hommes aux promotions ministérielles ou aux espèces sonnantes et trébuchantes n’hésite pas à susciter de véritables dissidences au sein des partis d’opposition. « Diviser pour mieux régner », une pratique politique aussi vieille que le monde et plus que jamais usitée par l’équipe dirigeante tant et si bien que tous les partis d’opposition ont actuellement en leur sein des courants « pro-régime ». Loin d’être l’apanage de la Côte d’Ivoire, la versalité politique est un marqueur important des mœurs politiques en Afrique.

Une transhumance aux relents de mort politique

La parade est toute trouvée pour nombre d’acteurs politiques africains « il faut savoir partir » répètent-ils en chœur, ils sont bien nombreux à abandonner leurs camarades de lutte ou à quitter le navire en pleine tempête pour des rivages politiques beaucoup plus confortables. De l’opposant togolais Gilchrist Olympio réduit aujourd’hui au silence par certaines compromissions avec le pouvoir en passant par le Camerounais Bakary Tchiroma  reconverti en fou du roi) ou le célébrissime ivoirien Laurent Dona Fologo (passé maître dans l’art de manger a tous les râteliers), le recyclage politique a le vent en poupe sous les latitudes africaines. Si le ridicule pouvait tuer en politique, pour sûr, ils seraient nombreux ces hommes a passer de vie à trépas tant par l’aspect spectaculaire de leur revirement que par le manque de conviction qui les caractérise. Toute honte bue, ils débarquent avec armes et bagages dans leur nouvelle chapelle politique tout en perdant de vue que le nomadisme au-delà des apparences rime très souvent avec la mort politique.

Au-delà des avantages immédiats liés à la reconversion politique, tout porte à croire que le destin des transhumants est scellé sur le long terme. Perçus comme des judas par leurs ex- camarades et objets de suspicion dans leur nouvelle chapelle, ils sont réduits désormais à faire de la figuration. Peut-on raisonnablement se fier à un personnage politique aussi versatile qu’amoral capable de tourner casaque à la moindre bourrasque ? Assurément non !

 

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06. août
2015
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Ces frondeurs à la sauce ivoirienne !

frondeur_ivoirienA l’instar du pouvoir socialiste français, le paysage politique ivoirien enregistre la présence de frondeurs dans les rangs de la majorité présidentielle. Un aréopage de personnalités déchues et déçues qui portent la contradiction et mènent la rébellion tous azimuts face à ceux qu’ils considèrent comme les dérives de l’actuel régime ivoirien. Anticonformistes, empêcheurs de tourner en rond, adeptes de la provocation et de la liberté de ton, ils ne manquent aucune occasion pour flageller les tenants du pouvoir ivoirien non sans faire le jeu de l’opposition classique qui en sort renforcée. Un fossé d’incompréhensions qui ne cessent de se creuser entre les frondeurs et l’élite dirigeante actuelle tant et si bien que la rupture semble être consommée.

Un divorce consommé

Loin de vouloir constituer un courant réformiste ou une force de propositions au sein de la mouvance présidentielle à l’instar des frondeurs du PS français, les frondeurs ivoiriens semblent avoir franchir le Rubicon en intégrant récemment l’opposition à travers un vaste rassemblement dénommé Coalition nationale pour le changement. Une coalition aussi hétéroclite que déterminée dont le maître mot est l’alternance du pouvoir. Drapés désormais dans leur habit d’opposant, ils passent à l’offensive supérieure en faisant feu de tout bois, un feu roulant de critiques acerbes dont le régime se serait bien passé par ces temps de pré-campagne électorale et de contestation sociale croissante. En effet, les ex-frondeurs aujourd’hui reconvertis en opposants encartés surfent sur un certain malaise social. Au-delà de la bonne santé macro-économique du pays (un taux de croissance avoisinant les deux chiffres), la réalité sociale ivoirienne est tout autre. La cherté de la vie, la précarité et la paupérisation croissantes alimentent à bon droit une certaine stigmatisation des pouvoirs publics ivoiriens sous la boutade populaire suivante « on ne mange pas la croissance ». S’il est vrai que les critiques formulées par les ex-frondeurs ne sont pas dénuées de fondements, il n’en reste pas moins qu’elles ont été nourries essentiellement par un désaccord lié à la répartition des avantages du pouvoir.

Une rupture sur fond de mésentente dans le partage des délices du pouvoir

Contrairement aux députés frondeurs du PS (portés plus par des divergences idéologiques en termes de ligne gouvernementale qu’ils jugent libérale et non socialiste, la rupture des frondeurs ivoiriens d’avec l’actuel régime tient plus a des ressentiments liés a la clé de répartition du pouvoir. Il est bien connu qu’en Afrique, le pouvoir est assimilé à tort à une immense mangeoire ou l’on se sert au lieu de servir le peuple et la fronde dans les rangs de l’actuelle mouvance présidentielle en est la preuve vivante. En effet, certains cadres du parti du PDCI associés a la conquête du pouvoir d’Etat en 2012 sous la forme du rassemblement des houphouétistes (RHDP) estiment avoir été oubliés dans le cadre de la nomination aux postes a responsabilité. Se considérant comme des faiseurs de roi injustement rétribués, ce en dépit du poste de premier ministre et de certains ministères régaliens tombés dans la besace de leur chapelle politique, ils dénoncent vent debout le soutien de leur parti au président Ouattara lors des prochaines élections. Les cadors comme l’ex-premier ministre Konan Banny, l’impétueux ex-président des jeunes Konan Bertin ou encore l’ex-ministre des Affaires étrangères Amara Essy constituent le visage de cette nouvelle vague de frondeurs à l’ivoirienne passés désormais à l’opposition.

SI l’avènement des courants réformistes voire « sécessionnistes » est à saluer dans nos majorités présidentielles très souvent marquées par le règne de la pensée unique ; ce qui l’est moins par contre, c’est les motivations carriéristes ou matérialistes qui les nourrissent. Comme quoi en Afrique, généralement, l’engagement politique relève plus de la politique du ventre que de la politique au service de la polis (la cité).

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28. juil.
2015
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Obama en Afrique : et après !

obama_deception2Sans vouloir verser dans un anti-américanisme de bas étage ou dans un optimisme béat qui a accompagné l’arrivée au pouvoir du 44e locataire du bureau ovale en l’occurrence Barack Hussein Obama, force est de reconnaître qu’au sortir de son deuxième mandat , le bilan de la politique africaine du 1er président afro-américain est bien maigre, voire famélique. Et pourtant que d’espoirs suscités, que d’enthousiasmes soulevés en 2008 à l’échelle de tout le continent africain lors de sa consécration sur le toit du monde comme le nouveau président des Etats-Unis d’Amérique. La rue africaine s’était mise à rêver en prêtant des ambitions africanistes à ce descendant d’immigré kényan, véritable incarnation du rêve américain et pourquoi pas du rêve de renaissance africaine ?

Hélas, le réveil est douloureux quasiment huit ans après et on serait tenté de dire tout ça pour ça. Aujourd’hui de retour sur la terre de ses ancêtres, tout porte à croire que sa présente tournée ne changera pas grand-chose à cet état de fait. Du reste, c’est un secret de polichinelle, l’Afrique n’a jamais constitué véritablement un enjeu stratégique et économique pour le pays de l’oncle Sam comparé à l’activisme de la Chine, de l’Europe, du Brésil ou de l’Inde. On ne le dira jamais assez, le salut de l’Afrique ne viendra que de l’Afrique notamment à travers une reconversion totale des mentalités dans le sens de l’affranchissement d’une vision exogène du développement.

–Rompre avec la mentalité d’éternels assistés

C’est une vérité banale du jeu des relations internationales, l’état d’indigence de certaines parties du monde profite à la consolidation de l’assise des nations les plus développées. Laquelle assise s’est faite en partie sur le dos du continent noir. Pour rien au monde, ces pays nantis ne voudraient changer l’ordre économique actuel du monde qui confine l’Afrique dans le rôle de simple pourvoyeuse de matières premières et de déversoir des biens manufacturiers occidentaux à forte valeur ajoutée. Alors, au-delà des déclarations de bonnes intentions relatives à l’aide publique au développement qui d’ailleurs depuis des décennies n’a pas réussi à tirer l’Afrique de son marasme, il faut se raviser et se réconcilier avec une vision endogène du développement, autocentrée, autopropulsée. Le souverain chérifien semble l’avoir bien intégré et passe pour être désormais le nouveau chantre de la coopération intra-africaine.

–L’Afrique doit faire confiance à l’Afrique

En homme revenu du mirage occidental, le roi Mohammed VI du Maroc a compris très vite que l’Afrique est une terre extraordinaire d’opportunités, plus besoin d’aller chercher obligatoirement des relais de croissance sur le vieux continent d’ailleurs aux prises avec les rigueurs de l’austérité, le développement du partenariat intra-africain constitue plus que jamais un levier important de la croissance marocaine. Le volume des investissements du royaume chérifien en Afrique et son expertise avérée dans différents secteurs d’activités (l’hôtellerie, la banque, les télécommunications, le bâtiment, l’offre universitaire et que sais-je encore) font de lui incontestablement un hub continental. Vivement que l’élite dirigeante africaine s’en inspire et que les masses populaires fassent définitivement le deuil de solutions extérieures à leurs difficultés.

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mon oeil sur le monde

Auteur·e

L'auteur: Seydou KONE
Je suis professeur de philosophie. Depuis le pays où il y a plus de «titrologues» que de gens qui lisent les journaux (je parle de la Cote d’Ivoire), je vous décrypte ma société et le monde. Bienvenue chez moi, vous êtes chez vous.

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