ÉCOLE IVOIRIENNE : L’ЀRE DE L’ÉLЀVE- ROI SE POURSUIT !

Malheureusement, les années passent et se ressemblent sous les latitudes ivoiriennes en matière de mœurs scolaires. Au-delà des tares structurelles qui gangrènent le milieu scolaire ivoirien- phénomène de massification, de la violence, de la tricherie, des grossesses… -, une autre pratique non moins désastreuse fleurit de plus en plus à l’approche de chaque congé scolaire. En effet, ce qu’il est convenu d’appeler le « phénomène des congés indus » se généralise à l’échelle de tout le pays. Les élèves ivoiriens s’illustrent de plus en plus  dans l’art de faire et de défaire le calendrier officiel des congés scolaires au gré de leurs caprices du moment. Tout se passe comme s’ils étaient passés le mot pour perturber et débrayer collégialement les écoles publiques et privées. Ainsi, comme à l’accoutumée, en prélude à ces congés de nouvel an, ils n’ont pas dérogé à cette pratique, qui se mue progressivement en habitude viscérale. Pour le coup, ce lundi 10 décembre, me rendant au lycée 3 de Gagnoa où j’officie en qualité de professeur de philosophie, j’aperçois aux abords de l’école un regroupement inhabituel d’élèves, doublé de clameurs incessantes, qui témoignent à l’évidence d’une atmosphère surchauffée au sein du lycée. Sur le moment, je nourris une certaine appréhension à franchir le portail du lycée pour rejoindre la salle des professeurs, d’autant plus que l’entrée est obstruée par la présence des élèves et je suis conscient également de l’extrême violence dont ils peuvent faire preuve- notre lycée ayant subi leur furie destructrice deux ans auparavant, un véritable saccage en règle, avec en prime la bastonnade d’un officier de police-. Néanmoins, je décide de passer outre cette peur, et j’arrive à me faufiler pour accéder à l’enceinte de l’établissement déjà noire d’élèves. Renseignements pris auprès de certains collègues, les élèves ont décidé de débrayer et de prendre ipso facto leurs congés de Noël prévus le 21 décembre soit dans deux semaines.

A la vérité, « ce coup de force » des élèves n’est nullement une surprise. Depuis plusieurs jours déjà, il bruissait qu’ils s’étaient accordés sur la date de ce lundi 10 décembre pour rentrer en congés, au mépris du calendrier officiel. Sauf, qu’aucune mesure préventive et dissuasive n’a été prise par les autorités pour conjurer cette situation. Il faut bien se l’avouer, aussi bien les autorités en charge de l’éducation nationale que le personnel enseignant et d’encadrement semblent être démunis face à cette gangrène.

-Une communauté éducative impuissante

Que faire face à ces perturbations intempestives de cours qui affectent la qualité de l’enseignement ivoirien ? La question est lancinante et semble pour le moment sans issue. De la prise de sanctions  contre les élèves perturbateurs qui vont jusqu’au renvoi de certains, en passant par le déploiement des forces de l’ordre (que les élèves n’hésitent aujourd’hui pas à pourchasser et à bastonner) et les campagnes de sensibilisation, rien n’y fait jusqu’à présent. Et tout porte à croire que la pratique prospère d’année en année au point d’avoir une dimension nationale.  C’est bien connu, le système éducatif ivoirien est déjà en piteux état, ces déperditions de cours viennent se rajouter à une longue liste de maux, qui immanquablement constituent un obstacle aux nombreux efforts consentis par les pouvoirs publics- effort infrastructurel et effort de recrutement- pour redonner à l’école ivoirienne son lustre d’antan.

Cependant, l’école n’est rien d’autre que le reflet de la société ivoirienne, une société malade, gangrénée par de nombreux maux.

Une école ivoirienne malade à l’instar du corps social

C’est une évidence, l’école est le microcosme du macrocosme social, elle est l’émanation et le creuset des réalités sociales. L’état comateux de l’école ivoirienne est donc symptomatique des maux qui minent notre société, qui ont pour noms violence, laxisme, incivisme, corruption, concussion, tricherie, dissolution des mœurs… et que sais-je encore. En un mot comme en mille, la société ivoirienne se porte mal, et c’est un euphémisme que de le dire. Ce « phénomène des congés indus » est juste un indicateur de contre-performances, une piqûre de rappel sur l’énormité du chemin à parcourir pour sortir de l’ornière. Au-delà du taux de croissance ivoirien qui frise les deux chiffres, et qui pourrait faire pâlir d’envie bien de pays occidentaux à la croissance en berne, les pouvoirs publics et tout le corps social ivoirien gagneraient à revenir à l’essentiel c’est-à-dire le réarmement moral, la reconversion des mentalités dans le sens d’une culture du civisme, de la discipline et du travail, seuls gages d’un développement véritable.

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