CALENDRIER SCOLAIRE IVOIRIEN : QUAND LES ÉLЀVES FONT LA PLUIE ET LE BEAU TEMPS !

C’est de notoriété publique, l’école ivoirienne est profondément malade, malade de l’incivisme de ses apprenants,  du manque de matériels didactiques, de l’insuffisance du personnel enseignant…. A ce sombre tableau, s’ajoute aujourd’hui une pratique qui fleurit de plus en plus à l’approche de chaque congé scolaire, en l’occurrence les « congés anticipés’’. En effet, les apprenants ivoiriens s’accordent une rallonge indue de plusieurs jours de congé, voire plusieurs semaines, en complète violation du calendrier officiel. Pour le coup, à la faveur des congés de noël prévus pour le 21 décembre2017, ces apprenants d’un nouveau genre ont décidé de débrayer depuis le 10 décembre, soit 11 jours avant la date officielle des congés du nouvel an et pire, ont décidé selon les indiscrétions qui nous reviennent de reprendre les cours le 8 janvier 2018, soit une semaine après la date officielle. Une perte sèche incompréhensible de trois semaines de cours,  quand on sait que la Cote d’Ivoire possède l’un des quantums horaires(le volume total d’heures dispensées sur l’année) les plus faibles d’Afrique de l’ouest, soit à peine 990 heures de cours, on est en droit de se demander : à quoi peut-on raisonnablement s’attendre en termes de qualité du système éducatif ?

Pas grand-chose ! D’autant plus qu’à ces déperditions d’heures vont s’ajouter celles des congés de février, de Pâques et que sais-je encore. Le phénomène est si  ancré dans les mœurs scolaires qu’il a pris une tonalité nationale, du sud à l’est en passant par le centre, le nord et l’ouest, les apprenants font et défont le calendrier scolaire allègrement, au gré de leurs caprices du moment dans une impunité totale. Une situation qui agace et interpelle à plus d’un titre sur ce qu’il est convenu d’appeler « le phénomène de l’apprenant-roi ».

-UNE ÉCOLE IVOIRIENNE Á L’IMAGE DE LA SOCIÉTÉ IVOIRIENNE

C’est une évidence fondamentale, l’école n’est rien d’autre que le microcosme du macrocosme social, un fidèle miroir  de la société ivoirienne,  aujourd’hui gangrenée par une crise morale sans précédent. En effet, l’incivisme, la culture de la violence, la défiance vis-à-vis de l’autorité, la perte du sens de l’intérêt général… ont incrusté toutes les strates de notre société, non sans enlaidir naturellement l’école. J’ai encore en mémoire ce triste mois de juin 2016 ou l’établissement dans lequel j’officie( le lycée moderne3 de Gagnoa) a subi la furie destructrice de nos apprenants, rien n’a échappé au saccage en règle de notre établissement, de la salle des professeurs aux bureaux administratifs, en passant par le véhicule du proviseur, même les policiers présents sur les lieux n’ont eu la vie sauve que grâce à la célérité de leurs jambes. Comment des élèves peuvent en venir à de telles extrémités ? Avec du recul, force est de constater que les adultes ne font pas mieux, la violence et l’incivisme se banalisent tant et si bien qu’au moindre conflit avec l’autorité, on n’hésite pas à saccager des postes de police comme le mois dernier ou des chauffeurs  de taxi de la ville de Gagnoa ont mis à sac un commissariat pour réclamer la libération d’un des leurs.  Il faut se l’avouer aujourd’hui tous les conflits sociaux quasiment sous les latitudes ivoiriennes se règlent à coups de violences, de surenchère et d’intimidations. Et c’est peu que de le dire ! Comment nos apprenants pourraient-ils rester en marge de cette banalisation de l’incivisme et de la violence ? Aussi faut-il en appeler à un véritable réarmement moral.

-L’URGENCE D’UN RÉARMEMENT MORAL

Aux grands maux les grands remèdes. Au-delà des sanctions que le ministère doit prendre pour mettre fin à l’impunité assourdissante qui entoure ce phénomène des congés anticipés, il faut en venir à une véritable reconversion des mentalités, un réarmement moral dans le sens « d’un ivoirien nouveau », attaché à la chose publique, au civisme, à la non violence et au vivre ensemble. C’est seulement à ce prix qu’on pourra conjurer cette pratique préjudiciable à la bonne marche de l’école ivoirienne et partant redonner à la société ivoirienne la stabilité d’antan.

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