LATITUDES IVOIRIENNES : VIVEMENT UN ‘’SMIG‘’ POLITIQUE !

Les élections présidentielles de 2020 approchent à grands pas, et avec, son lot de discours politiques anxiogènes, incendiaires et haineux. C’est peu que de le dire, le marigot politique ivoirien est en pleine ébullition, soumis qu’il est, au tumulte et à l’agitation des manœuvres préélectorales. Les lignes politiques ou idéologiques s’évaporent, se redéfinissent, s’ajustent au gré des intérêts et des ambitions politiques du moment. L’éclatement de l’alliance des houphouétistes, qui avait permis l’accession de l’actuel président Ouattara à la magistrature suprême en 2011 et sa réélection en 2015 ouvre la porte à une véritable  reconfiguration de l’échiquier politique ivoirien. Quand les alliés d’hier- Ouattara, Bédié, Soro- se transforment en véritables adversaires voire en ennemis politiques déclarés, toutes les digues de la convenance, de l’élégance politique éclatent. Les ex-alliés-un aéropage de personnalités déchues et déçues de la mouvance présidentielle- désormais opposants encartés, portés par un ressentiment tenace, semblent être nourris par une seule obsession aujourd’hui : faire payer le prix fort au chef de l’Etat pour sa ‘’trahison’’. Une situation politique, que dis-je un psychodrame politique à l’ivoirienne qui donne lieu à de véritables passes d’armes, à des diatribes entre tenants du pouvoir et ex-alliés reconvertis en opposants purs et durs. On se rue dans les brancards, on fait feu de tout bois, au mépris de tout fair-play républicain. Les échanges feutrés, à fleuret mouchetés qui prévalaient du temps de l’alliance des houphouétistes,  sont désormais un vieux souvenir, ils laissent place à la rhétorique guerrière et à l’outrance.  Tout se passe comme si les acteurs politiques ivoiriens,  obnubilés par la seule logique de conquête ou de conservation du pouvoir d’Etat avaient perdu tout sens de la tenue, de la retenue. La surenchère langagière, les dérapages, les invectives sont désormais les choses les plus partagées au sein de la classe politique ivoirienne.  Tout porte à croire que les enseignements de la crise politico-militaire, qui a plongé le pays dans les abîmes de la guerre pendant une décennie n’ont pas été tirés par la classe politique.

-UNE CLASSE POLITIQUE OUBLIEUSE DE SES ERREURS D’ANTAN

C’est bien connu, les mêmes causes produisent les mêmes effets. La stigmatisation, les discours politiques haineux et incendiaires, qui avaient constitué un terreau fertile à l’éclatement et à l’emballement de la guerre en Côte-d’Ivoire semblent se profiler à l’horizon. Les acteurs politiques, autant qu’ils sont, responsables de cette tragédie, qui a valu au pays plus de 3000 morts et une récession économique sans précédent, font preuve d’une amnésie et d’une cécité intolérables, en soufflant à nouveau sur les braises de la division, de la surenchère et des dérives langagières. Plus soucieux de leurs intérêts que des malheurs du peuple, la classe politique ivoirienne ne semble pas avoir pris la mesure de la responsabilité qui est la sienne dans la crise militaro-politique qui a ébranlé fortement le pays. Une crise qui a laissé des plaies béantes qui n’ont pas été jusqu’à ce jour complètement cicatrisées, et qui on l’espérait servirait de piqûre de rappel aux hommes politiques quant à la nécessité de la tempérance dans leur agir.

-LA NECESSITE D’UN FAIR PLAY POLITIQUE

Il faut se le dire franchement, l’échiquier politique n’est pas une jungle où on peut tout faire et tout dire au mépris de toute convenance républicaine. Il est certes une arène, mais une arène régie par un minimum de consensus républicain, qui exige de la courtoisie, de la retenue ou ‘’du bon ton’’ comme on le dit prosaïquement en terre ivoirienne. La stature d’hommes d’Etat dont tous les acteurs politiques ivoiriens se prévalent, prescrit de la hauteur, de la décence dans l’agir politique. On ne le dira jamais assez, la Côte-d’Ivoire est notre bien commun le plus cher, rien ne peut justifier, qu’on veuille l’embraser à coups de déclarations incendiaires, elle prime sur tout. Sur tous les égos surdimensionnés, les luttes et les intrigues de pouvoirs, et sur toutes les ambitions personnelles, fussent-elles les plus légitimes.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *