Latitudes ivoiriennes : quand la corruption nous gouverne !

S’il est un phénomène sur lequel tous les ivoiriens s’accordent aujourd’hui, c’est incontestablement celui de l’explosion de la corruption, de la course à l’enrichissement illicite. Un véritable sport national qui gangrène toutes les strates de notre société.

Aucun secteur d’activité n’est épargné par ce fléau qui étend irrésistiblement ses tentacules sur l’ensemble du corps social… Du corps judiciaire, en passant par celui des régies financières (qui détient le Graal en la matière), de la santé, de l’enseignement, des forces de sécurité… ou encore les ministères, qui se sont transformés en véritables nids de la corruption. Le phénomène ne s’est jamais « aussi bien porté » sous nos tropiques ivoiriens. En un mot comme en mille, il a atteint des sommets inimaginables.

Tout se passe comme si tous ceux, ou presque, qui détiennent une parcelle de pouvoir se sont donnés le mot pour s’en mettre plein les poches. Même « les sans grades », comprendre les agents subalternes de l’administration, ne dérogent pas à cette tendance lourde. Que d’ingéniosité ou de savoir-faire déployé par les Ivoiriens dans leur secteur d’activité respectif pour prendre indûment « leur part du gâteau » ou pour « manger » comme on le dit trivialement en terre ivoirienne (comprenez s’en mettre plein les poches).

Surtout ne nous méprenons pas, cette poussée extraordinaire de la corruption est la conséquence d’un délitement de la société ivoirienne par le haut. C’est bien connu, le poisson pourrit toujours par le haut. L’élite dirigeante ivoirienne y est pour beaucoup dans le fleurissement de cette corruption de masse.

Une élite dirigeante prédatrice

C’est un secret de polichinelle, les hommes les plus riches de ce pays sont des notables politiques, des chefs d’institutions, des ministres, des hauts commis de l’État… bref, une élite dirigeante prédatrice et nombriliste, qui pour l’essentiel considère le pouvoir comme une mangeoire où on vient se servir plutôt que servir l’intérêt général.

Et pourtant que d’espoirs suscités en 2011 à son arrivée au pouvoir! Précédé de sa réputation de banquier de haut vol (ayant exercé comme gouverneur de la banque centrale de l’Afrique de l’ouest et DGA du FMI), le président Ouattara personnifiait toutes les attentes des ivoiriens liées à la moralisation de la vie publique. Hélas, les fruits n’ont pas tenu la promesse des fleurs. 

Pire, les scandales financiers se multiplient dans une relative impunité. Le dernier en date, et de loin le plus retentissant, est celui de la fraude orchestrée au guichet unique automobile, qui a entraîné un manque à gagner de plusieurs milliards à l’État ivoirien et impliqué des personnalités de renom.

Abstraction faite des concours de la fonction publique qui se monnayent au prix fort, des pots de vin liés à la passation de certains marchés publics, du racket policier ou encore de l’extorsion de fonds aux patients dans nos hôpitaux, le citoyen lambda ne sait plus où donner de la tête, partagé qu’il est entre colère et fatalité.  

En dépit du durcissement de la législation en matière de répression des faits de corruption et de la mise en place de structures dédiées à la lutte contre ce fléau (haute autorité pour la bonne gouvernance, autorité de régulation des marchés publics, brigade de lutte contre la corruption, brigade de lutte contre le racket…), la corruption, la concussion prospère, elle se banalise, elle, se normalise. Au-delà des incantations publiques, des professions de foi du chef de l’État à combattre le fléau de la corruption, tout porte à croire que le président Ouattara a les mains liées par ses conditions d’accession au pouvoir.

Un chef d’État, otage de ses alliances politiques et du retour d’ascenseur à ses fidèles

Il faut se l’avouer, les conditions d’accession au pouvoir du président Ouattara ont été pour le moins laborieuses. Soutenu par une rébellion armée, par une coalition de partis houphouétistes (le RHDP) et par la présence indéfectible de nombreux cadres de son parti qui ont tout sacrifié sur l’autel de son accession au pouvoir, le président ivoirien se voit dans l’obligation de remercier tout ce personnel politique et militaire à travers leurs nominations à des postes de responsabilité. Même allant jusqu’à fermer les yeux  sur leurs pratiques corruptives.

Jusqu’à ce jour aucun ponte du régime n’a été écroué pour faits de corruption, et pourtant Dieu seul sait si nombre d’entre eux devraient être derrière les barreaux pour enrichissement illicite, gabegie et abus de biens sociaux. Des nouveaux riches dont la fortune ne bénéficie d’aucune traçabilité hormis leur appartenance au régime actuel.

Gageons tout simplement que le président qui est au bout de sa seconde mandature passe à l’offensive contre cette gangrène, qu’il prenne des sanctions vigoureuses et courageuses  contre ces fossoyeurs en col blanc de notre société. Mais pas seulement ! Il faut aussi une véritable reconversion des mentalités dans le sens de l’instauration d’une véritable culture de l’intérêt général, du bien public. D’ici là, la vie sous les latitudes ivoiriennes se déroule entre  petite corruption et enrichissement illicite au sommet de l’État.

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