SYSTEME EDUCATIF IVOIRIEN : LE FLEAU DE LA POLITIQUE DU CHIFFRE !

 

C’est un secret de polichinelle sous les latitudes ivoiriennes, l’actuel chef d’Etat Alassane Ouattara (économiste de son état, ancien gouverneur de la BCEAO et ancien DGA du FMI) éprouve une vive inclination voire une fascination pour les chiffres. Tant et si bien que tout son gouvernement s’est jeté à corps perdu dans une course effrénée aux résultats statistiques pour satisfaire « le grand manitou », quitte à tronquer la réalité. La critique est déjà acerbe concernant l’économie ivoirienne qui culmine à environ 9% de taux de croissance depuis 2012 (de quoi faire pâlir d’envie de nombreux pays européens à la croissance en berne), sauf qu’à l’épreuve des réalités concrètes, cette croissance semble être un simple agrégat de chiffres, elle semble être l’arbre qui cache la forêt des difficultés existentielles qui assaillent les masses laborieuses ivoiriennes. Entre inflation galopante, difficultés énormes à se nourrir, à se loger, à se soigner… en somme à couvrir ses besoins basiques, le citoyen lambda ivoirien  ne s’est plus ou donner de la tête. Les récriminations sociales se multiplient avec à la clé cette boutade populaire « on ne mange pas la croissance ! ».

Malheureusement, cette politique à outrance du chiffre s’étend aussi à un domaine aussi sensible que celui de l’éducation nationale. Sans vouloir être négateur de  l’effort infrastructurel et de l’effort de recrutement en personnels consentis par les pouvoirs publics actuels, il reste que le niveau de l’école ivoirienne en termes de qualité de la formation n’a jamais été aussi bas. Le constat est sans appel, le niveau des apprenants ivoiriens est incroyablement bas. Comme si tous les enseignants s’étaient passés le mot pour reprendre en chœur cette tragique réalité, et tout porte à croire que le ministère de l’éducation nationale soit pour beaucoup dans cette formation au rabais, dans ce nivellement vers le bas que connaît le système éducatif ivoirien. En effet, mû par la volonté incompressible de faire du chiffre pour s’assurer la confiance du président de la République, le ministre de l’éducation nationale s’est lancé tout azimut dans une politique que je qualifierais » d’ouverture des vannes » pour avoir les « meilleurs résultats scolaires » possibles, ainsi, les redoublements et les exclusions d’élèves sont de moins en moins tolérés par les directeurs régionaux de l’éducation nationale. A ce titre, la consigne est stricte, faire passer le maximum d’élèves en classe supérieure (abstraction faite du niveau réel des apprenants),  de sorte que les conditions d’admission à l’entrée en 6ième ont été quasiment supprimées, des milliers d’élèves se retrouvent au collège sans véritables fondamentaux ou pré requis. Cela vaut aussi pour le BEPC (examen d’entrée au secondaire) qui faire figure de passoire aujourd’hui, tous les coefficients des matières ont été ramenés à un, de sorte que de nombreux apprenants décrochent ce diplôme sans acquis véritables. Durant cette session du BEPC 2018, le ministère a même poussé l’audace jusqu’à reprendre les délibérations en l’absence  des professeurs- du moins dans la zone de Gagnoa ou j’officie- en abaissant le nombre de points requis au départ à l’effet d’atteindre les 60% de taux de réussite nationale fièrement proclamés par ses soins. Ce constat de la poursuite effrénée des chiffres est encore plus vrai à l’aune de la politique d’ACP (approche par compétence) introduite par le ministère, qui consiste en une ultra simplification  des contenus scolaires, avec à la clé des évaluations très transparentes en formes de questions réponses, de questions à choix multiples… qui n’incitent pas réellement les apprenants à cultiver le goût de l’effort. La ‘’qualité’’ des sujets aux différents examens témoigne également de cette volonté manifeste de faire du chiffre. Tenez, pour la session du baccalauréat 2017 série A2, à la lecture des différents sujets proposés en philosophie, notamment en dissertation, nous sommes restés sans voix (mes collègues de philosophie et moi) face à ces sujets très transparents ou linéaires qui n’appelaient qu’une simple récitation du cours de la part des apprenants. Sur le moment, je n’ai pas manqué d’exprimer mon indignation en affirmant que même en devoir de classe, il ne m’arrivera jamais à l’esprit de proposer une telle évaluation. Ou va l’école ivoirienne avec de tels procédés ? Ce constat amer vaut aussi pour le supérieur. A juste titre d’ailleurs, l’école ivoirienne s’est transformée en une immense fabrique à chômeurs, des milliers étudiants bardés de diplômes mais sans qualification réelle. Loin de moi, la volonté de vouloir militer pour une hyper complexification des contenus scolaires et des différents examens, mais de là à poursuivre frénétiquement des résultats statistiques à travers une politique du chiffre qui met dangereusement en péril l’école ivoirienne, mon opinion est toute faite : mettre des tours de vis, revenir à la rigueur, à la sélection, à la qualité de l’enseignement et du niveau des examens d’antan. Voilà une des conditions essentielles  que les pouvoirs publics ivoiriens doivent intégrer pour renouer avec le fil de l’excellence scolaire.

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