Les oubliés de la croissance ivoirienne !

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Le moins que l’on puisse dire, c’est que les qualitatifs (voire les superlatifs) ne manquent pas au sujet de la croissance économique ivoirienne. Les chiffres sont flatteurs, la croissance ivoirienne ferait pâlir d’envie bien de pays occidentaux à la croissance en berne pour ne pas dire atone. Crédité d’un taux de croissance à quasiment deux chiffres (neuf pour cent) par les institutions de Brettons Wood, le pays d’Houphouët Boigny fait figure de véritable hub économique dans une sous-région aux performances économiques relativement modestes. Sauf que cette bonne santé macro-économique semble être l’arbre qui cache la forêt des nombreuses difficultés qui assaillent les masses populaires. Il faut bien concéder aux autorités actuelles une politique infrastructurelle volontariste et une certaine orthodoxie financière. Mais cela ne se traduit pas dans l’assiette de l’ivoirien lambda, qui semble se dégarnir jour après jour. C’est comme si l’on constatait deux mouvements inverses.
Le panier de la ménagère, que dis –je, le sachet de la ménagère se réduit comme peau de chagrin dans un fort contexte de chômage et de précarité ambiante. Tout porte à croire que le partage des fruits induits par la croissance économique ne soit pas une réalité tangible pour nombre d’ivoiriens, tant et si bien que les critiques se font de plus en plus virulentes à l’égard de l’élite dirigeante actuelle. A ce titre, la boutade de Kouadio Konan Bertin est édifiante (KKB, ex- frondeur du PDCI, passé aujourd’hui du côté de l’opposition). KKB a déclaré  : « sous Houphouët Boigny, avec une croissance de trois pour cent, les ivoiriens arrivaient à avoir leurs trois repas quotidiens. Comment se fait- il qu’aujourd’hui, avec une croissance de près de deux chiffres, avoir ne serait-ce que deux repas journaliers relève de la croix et la bannière pour de nombreuses familles ? ». Il faut se l’avouer, les nombreux espoirs qu’avait suscité l’arrivée du président Ouattara ont été déçus, du moins en ce qui concernent les mesures sociales.

– La désillusion des masses sociales

Economiste chevronné, ayant fait ses classes comme gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest (BCEAO) et plus tard comme directeur adjoint du Fond monétaire international (FMI), le président Ouattara a incarné pendant longtemps au sein de l’opposition les espoirs sociaux des masses laborieuses ivoiriennes. Sauf qu’à l’épreuve du pouvoir, le petit peuple commence à déchanter. Le « système D » (celui de la débrouillardise) semble être la chose la mieux partagée aujourd’hui par l’ivoirien lambda. Les loyers d’habitation s’envolent et le prix des denrées de première nécessité ont également pris l’ascenseur. Ne me parlez même pas des soins de santé ! En plus d’être de piètre qualité, ils sont inaccessibles pour une grande partie de la population abonnée aux médicaments de rue et à la pharmacopée traditionnelle. L’éducation n’est pas logée à meilleure enseigne, la promesse de l’école gratuite a vite fait de tourner à  l’enfumage. A l’université, les frais d’inscription ont été multipliés par dix ou par quinze (passant de 6000 FCFA à 30.000, 60.000 et 100.000 CFA selon qu’on soit respectivement en année de licence, master et doctorat), pourtant chacun sait que les seuls qui s’y trouvent sont les enfants des couches sociales défavorisées.
Le coût du transport pose également problème. En dépit de l’effondrement du prix du baril du pétrole, la baisse du prix de l’essence à la pompe n’a pas connu d’inflexion. Il est pourtant bien connu que dans la fixation du prix des marchandises, la variable du coût du transport est essentielle. Paradoxe typiquement ivoirien. Les opérateurs de ce secteur ne semblent pas connaitre l’expression  « diminution tarifaire » et cela, accompagné d’un silence assourdissant des pouvoirs publics.
La situation sociale en terre ivoirienne est donc loin d’être reluisante, les populations dans leur grande majorité traversent une période de vache maigre voire de vache morte. On peut malheureusement dire, sans risque de se tromper, que la situation sociale ivoirienne fait écho à celle qui est vécue par les populations ouest-africaines en général, et ce, malgré l’arrivée au pouvoir de nouvelles élites dirigeantes.

– Un échec généralisé de la nouvelle élite dirigeante ouest-africaine

Que d’espoirs fondés sur ces nouveaux présidents de l’Afrique de l’ouest ! Parvenus au pouvoir dans des conditions plus ou moins démocratiques, ils symbolisent cette race de nouveaux dirigeants africains, décomplexés et technocrates. Du président ivoirien Ouattara au malien Ibrahim Boubacar Keita (IBK) en passant par le sénégalais Macky Sall, par le nigérien  Mamadou Issoufou, et par le ghanéen  John  Dramani  ou encore par le béninois Yahi Boni (aujourd’hui sur le départ)… tous ont surfé sur la promesse ferme de changer le quotidien de leurs compatriotes. Certains ont même poussé l’audace jusqu’à promettre de réussir ce tour de force en cent jours ! Sauf que la dure réalité du pouvoir semble les avoir rattrapés. Aussi longtemps que nos chefs d’Etats s’enfermeront dans cette politique du chiffre, sans chercher à répercuter la croissance économique dans notre vécu quotidien, en la rendant ainsi inclusive et partagée, les récriminations iront grandissantes, avec à la clé cette boutade « on ne mange pas la croissance ! ».

 

 

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