DEMISSION DE TAUBIRA : UN CAS D’ECOLE POUR LA CLASSE DIRIGEANTE AFRICAINE

C’est de notoriété publique, le terme démission ne fait quasiment pas partie du lexique de l’élite  dirigeante sous nos latitudes africaines. Et c’est peu que de le dire, en dépit des scandales avérés( actes de concussion et de corruption), de l’incompétence notoire de certains hauts commis de l’Etat ou de la survenance de certains drames qui engagent la responsabilité des départements ministériels concernés, le personnel dirigeant se refuse toujours à toute démission. Tout se passe comme si nos hommes politiques ont été taillés dans un bois différent, avec des tables de valeurs différentes qui occasionnent de tels écarts de comportement d’avec leurs homologues européens, américains ou  asiatiques. La récente démission du ministre français de la justice Christiane Taubira pour désaccord politique majeur  est édifiante, elle pourrait à bien des égards avoir force d’exemple sur un continent rongé par la confiscation du pouvoir ou par le manque de culture de la démission.  Peut-être faut-il se plonger dans la psychologie du pouvoir sous nos tropiques pour espérer comprendre les ressorts de ce paradoxe bien africain. En effet, le pouvoir est  assimilé en général à une immense mangeoire ou l’on se sert au lieu de servir le peuple. Une vision personnelle et patrimoniale des postes à responsabilité qui autorisent tous les reniements et toutes  les compromissions. Cela n’est pas sans rappeler  une histoire qui a cours dans les milieux populaires ivoiriens (avérée ou simplement alléguée) toujours est-il qu’elle est éminemment révélatrice de la vision prédatrice ou enrichissante de la fonction ministérielle. En effet, suite à une nomination ministérielle,  un  nouveau promu à reçu tout son cercle parental, amical et même régional (car sous nos latitudes, la promotion d’un cadre équivaut à la promotion de sa région) qui n’ont pas manqué de lui rappeler cette « vérité fondamentale », un ministère, ça sert rapidement à se remplit les poches, à accorder des prébendes à ses proches et à favoriser sa région. Aujourd’hui, c’est ton tour et par extension notre tour, alors dépêches-toi, on ne s’est pas de quoi demain sera fait (sous-entendu que la longévité à la tête d’un ministère est éphémère). Il n’est pas alors étonnant que l’enrichissement illicite, l’embourgeoisement ou la captation des richesses soit devenue un sport national au sommet de l’Etat. Tout porte à croire que pour   rien au monde, après la dure accession à un poste à responsabilité et notamment ministériel, nos hommes politique soient prêt à lâcher tous leurs avantages matériels et honorifiques d’autant moins pour  une question de «  simple principe ». Ah, si le reniement politique pouvait tuer, surement que la quasi-totalité de notre gotha politique serait passé de vie à trépas. En tout cas vu d’Afrique, la démission de Taubira force le respect et l’admiration car elle personnifie une certaine décence politique, une fidélité avec ses valeurs ou ses convictions politiques. Du reste, la formule est connue, mieux vaut mourir avec ses idées que survivre avec celles des autres, partir, c’est aussi résister…

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