Idriss Déby : « Après moi le déluge ! »

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Malheureusement, ils sont encore nombreux ces chefs d’Etat africains que dis- je ces monarques républicains à nourrir à tort l’idée selon laquelle ils sont porteurs d’un destin messianique ou providentiel. Assis sur la montagne de leurs prétentions nombrilistes, ils agitent à tout va le chiffon rouge du chaos social après leur départ du pouvoir. Tout en perdant de vue que les cimetières ou les poubelles de l’histoire regorgent suffisamment de ces personnages politiques auto-proclamés hier « grands timoniers ou guides suprêmes », dont l’absence aujourd’hui n’affecte pas la marche de leurs pays respectifs. Et c’est peu que de le dire.  A l’instar de ses pairs de l’Afrique centrale (tous portés par cette volonté chevillée au corps de s’éterniser au pouvoir) le président tchadien Idriss Déby lors d’un récent échange avec la presse n’a pas manqué de se fendre de ce propos aussi surréaliste que lamentable « je ne reste pas au pouvoir pour mon bon vouloir, si je sais que quelqu’un d’autre peut assurer la stabilité de ce pays, je céderais la place » . Comme quoi aucun citoyen tchadien autre qu’Idriss Déby n’aurait l’intelligence et la poigne nécessaires pour conduire le pays vers des rivages heureux. Rien moins que l’expression d’un ego surdimensionné nourri par une certaine passivité de la communauté internationale.

Une communauté internationale attentiste, voire complice

Il faut bien se l’avouer, le président tchadien a réussi le tour de force de se refaire une virginité politique à l’international à la faveur de la lutte contre le terrorisme et de la crise centrafricaine. Drapé désormais dans ses habits d’allié incontournable de l’Occident à travers l’opération française Barkhane et les faits d’armes de son armée notamment au Nord-Mali, Déby semble jouir d’un certain blanc-seing de la communauté internationale. Les dérives du régime Déby (elles sont encore légion) et son rappel à l’ordre par les démocraties occidentales semblent bien loin aujourd’hui. Un silence assourdissant qui tranche étrangement d’avec l’activisme dirigé contre Joseph Désiré Kabila porté lui aussi par le désir de jouer les prolongations au terme de son mandat. S’il est vrai que l’environnement international dominé aujourd’hui par des considérations sécuritaires joue en faveur du maintien au pouvoir de l’actuel président, il n’en reste pas moins que des facteurs endogènes y contribuent, dont notamment la désunion de l’opposition.

Une opposition aussi divisée qu’invisible

La balkanisation de l’opposition est incontestablement un obstacle majeur qui retarde l’alternance politique dans maints pays africains. Le Tchad n’échappe pas à cette tendance lourde. Vautrés dans des querelles intestines les différents partis politiques roulent uniquement pour leur petite boutique ou pour leur petite chapelle faisant ainsi le lit  du maintien au pouvoir de Déby. Comment peut- on espérer bouter un régime quasi trentenaire lors d’un scrutin uninominal à un seul tour sans vouloir coaliser l’ensemble des forces de l’opposition ? A l’évidence, chaque acteur de l’opposition nourrit obstinément l’idée d’un destin national sauf que la conquête du pouvoir d’Etat exige de vastes alliances surtout quand le régime a pour lui l’appareil de l’Etat et les cordons de la bourse. A moins que le vent de la révolution populaire ne souffle sous les latitudes tchadiennes, tout porte à croire que la longévité d’Idriss Déby au pouvoir a encore de beaux jours.

2 réflexions au sujet de « Idriss Déby : « Après moi le déluge ! » »

  1. « …je ne reste pas au pouvoir pour mon bon vouloir, si je sais que quelqu’un d’autre peut assurer la stabilité de ce pays, je céderais la place » . Comme quoi aucun citoyen tchadien autre qu’Idriss Déby n’aurait l’intelligence et la poigne nécessaires pour conduire le pays vers des rivages heureux… »

    Beau billet très cher surtout avec le niveau de langue très bien soutenu 😀

    Bien à toi !

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